La qualité de l’information aujourd’hui… et demain!

 

Ce mercredi 21 mars à 20h00 à la Cantine se tiendra un débat des Indignés du PAF sur la qualité de l’information de demain dans le cadre de l’opération « Du 20 au 22 mars dans 20 villes, on refait le 20h00! », avec la participation de Laurent Terrisse, suite à la tribune parue sur CB News en janvier : « La Philanthropie peut sauver la presse de qualité »

 

Au moment où débute la campagne officielle des élections présidentielles, Les Indignés du PAF invitent acteurs de la presse et des médias, traditionnels et digitaux, à la vigilance collective vis-à-vis des tentatives de manipulation de l’opinion dont les campagnes passées ont donné de malheureux exemples. Ils proposent également à travers toute la France une série de rencontres entre professionnels et observateurs attentifs pour réfléchir aux évolutions nécessaires que les mutations actuelles imposent aux modes de fonctionnement professionnels, déontologiques et économiques de la fabrique de l’information.

La philanthropie peut sauver la presse de qualité

En avril 2007, Jurgen Habermas publiait une tribune intitulée « Il faut sauver la presse de qualité. » Partant du principe que, si une part de l’information s’adresse au consommateur, une autre permet l’accès à l’information citoyenne, le philosophe prévoyait qu’il faudrait « s’accoutumer à l’idée du subventionnement des quotidiens et des revues ». 

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Amendement sur les dons : tentative avortée ou « coup de sonde » ?

Le lobbying du secteur associatif a permis de déjouer la tentative parlementaire contre les déductions sur les dons. Mais la mobilisation des politiques et du grand public pour défendre l’esprit de la loi Coluche (les riches donnent volontairement aux pauvres) est modeste. Pour éviter que dans l’avenir une nouvelle attaque ne passe en douce ou en force, il faut porter auprès du grand public, des jeunes, des internautes le message que ces déductions ne sont pas des niches fiscales, qu’elles permettent aux riches de faire « redescendre » l’argent et de combattre l’égoïsme en exprimant volontairement leur solidarité, d’alléger les charges de l’Etat en donnant au secteur associatif les moyens d’agir… donc de réduire la dette en préservant la cohésion sociale.

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#BAD11 : NON A LA BADLIMENTATION !!!

A l’occasion, dimanche 16 octobre, du « B.A.D. 2011 » (ou « Blog Action Day »  = journée mondiale des blogueurs) consacré à l’alimentation. Voici notre contribution :

L’alimentation : LE sujet connect de la communication sociétale des années 2010 ?

Fairtrade Max HavelaarAlors que le système mondial Fairtrade de commerce équitable labellisé (dont fait partie Max Havelaar France) vient de voter le 14 octobre en Allemagne une réforme de ses statuts permettant une gouvernance à parité totale entre organisations de petits producteurs du Sud et élus des associations de labellisation du Nord*, plus que jamais, la régulation de l’alimentation contre les spéculations et les fraudes repose sur l’information et la mobilisation croissantes de ceux qui produisent et de ceux qui consomment.

Créé dans les années 80, le mouvement qui donne sa légitimité au label Fairtrade Max Havelaar repose sur cette vision : nourrir en toute sécurité sanitaire 7, 8 peut-être 10 milliards de personnes ne sera possible que si les agriculteurs et transformateurs engagés durablement sur leur territoire établissent un lien de solidarité et de résistance avec les consommateurs et les acteurs de la société civile éclairés et responsables.

Un label comme celui de Fairtrade, s’il correspond bien à des réalités (prix minimum garanti quelles que soient les fluctuations du marché, avances ou garanties financières sur récoltes, soutien aux organisations collectives qui protègent les agriculteurs familiaux contre les pressions économiques et politiques, prime d’aide au développement permettant de payer des biens collectifs, agriculture durable et diversification des ressources…), dépend de façon vitale de sa communication.

Comme dans d’autres domaines, les moyens dont disposent les grands acteurs de l’industrie agro-alimentaire pour faire passer leurs arguments (et parfois masquer les critiques) sont considérables par rapport à ceux dont disposent des ONG, même quand leur notoriété laisse penser qu’elles sont puissantes, comme dans le cas de Fairtrade Max Havelaar (voir le rapport d’activité de Max Havelaar France en PDF). Mais les associations ne sont pas sans atouts pour toucher l’opinion. Du moment qu’elles ajoutent à leur capital de confiance quelques pincées d’inventivité, d’audace, d’esprit « 2.0 »… et de professionnalisme.

Communiquer sur l’alimentation : une cause, parfois un combat, toujours des savoir-faire spécifiques.

Quand on regarde les clients et campagnes actuelles de LIMITE (voir notre nouveau site de présentation), on découvre combien l’alimentation est devenue un enjeu transversal à de nombreuses causes. Commençons notre petit tour de piste.

On pense, bien entendu d’abord, aux communications pour de l’aide d’urgence, comme la Fondation de France, le Secours Islamique France, Médecins du Monde ou Plan en mènent lors des grandes catastrophes, certains d’entre eux en ce moment pour la Corne de l’Afrique avec des difficultés que nous avons analysées via une étude IFOP. La Fondation Abbé Pierre nous rappelle aussi chaque année que l’urgence alimentaire existe aussi en France, et en ce moment que c’est également lié au mal-logement.

Atteindre l’autosuffisance alimentaire, développer son autonomie économique est également au cœur des communications que nous développons pour l’Agence Française de Développement, pour Coordination Sud, le GRET ou pour Planète Finance.

De la mobilisation ou de la dénonciation en passant par l’andragogie**, le spectre des registres de communication sur le sujet alimentation s’étend également à la défense des droits des malades (voire des victimes de crises sanitaires), comme avec le CISS (Comité Inter-associatif pour la Santé) et à la prévention, par exemple contre les cancers, avec l’Institut Curie, ou contre les maladies cardio-vasculaires avec la Fédération Française de Cardiologie.

La question de l’impact environnemental de certaines méthodes de production agricole ou de certains produits est régulièrement un thème de mobilisation de Greenpeace, de Générations Futures et du WWF, mais aussi de promotion de nouveaux modes de vie et de production, comme avec l’association des Colibris, ou Planète liège, lequel nous incite à allier le plaisir (avec modération) et l’écologie (sans) en choisissant des vins bouchés au liège grâce auxquels nos belles forêts de chênes de la Méditerranée sont entretenues.

Et pour finir ce tour d’horizon de la communauté des clients et partenaires de LIMITE, il ne faut pas oublier que l’accès à une alimentation saine et en quantité suffisante est l’un des droits fondamentaux de la DUDH (voir l’article 25) et que les ONG comme Human Rights Watch ou la FIDH (mouvement mondial des ligues des Droits de l’Homme) obligent souvent les Etats à assumer leurs devoirs en la matière, lorsque les associations ne peuvent plus agir.

Tout ça pour dire que, chez LIMITE (outre les discussions passionnées à propos du menu et du tri des déchets du déjeuner d’agence du lundi***), l’alimentation est une cause à part entière, cause d’engagements de chacun, mais surtout, c’est ce qu’on nous demande, cause de campagnes qui font bouger.

 

* L’équipe, les élus, les militants, les entreprises et les associations engagés dans Max Havelaar France se sont beaucoup investis pour que les trois réseaux de petits producteurs d’Afrique (Fairtrade Africa), d’Amérique latine (CLAC) et d’Asie (NAP) puissent être pleinement « co-pilotes » du système Fairtrade, à parité et avec les mêmes droits que les associations nationales de labellisation comme Max Havelaar en France. En tant que Vice-Président de cette dernière, Laurent Terrisse a fait partie de la « task force » de cinq personnes qui a permis le travail collaboratif entre l’ensemble des pays du Nord et du Sud à la suite duquel Fairtrade devient la première ONG mondiale co-dirigée à parité par des élus des producteurs du Sud et des consommateurs du Nord (50% des places chacun à l’Assemblée Générale et idem au Conseil d’Administration).

** Andragogie : à l’inverse de la pédagogie, l’andragogie considère l’apprenant en adulte et prend en compte ses besoins, ses centres d’intérêt, son expérience. L’andragogie est ainsi un processus d’investigation active et non de réception passive d’un contenu.

*** LIMITE souhaiterait que ses déjeuners d’équipe hebdomadaires soient aussi responsables, sains et goûteux que pratiques. Nous cherchons à contacter une organisation qui pourrait nous préparer et livrer chaque lundi nos presque 20 repas et que cette prestation ait un impact social (et si possible une valeur ajoutée écologique…). Toute suggestion (locale) sera la bienvenue.

 

Quali’asso® : le premier « omnibus quali » accessible à tous les budgets… associatifs ou autres

Avec le client, nous étions convaincus que cette campagne était parfaite. Seulement voilà, nous n’avions pas imaginé à quel point ce mot de la bodycopy, d’apparence anodine, pouvait avoir un double sens choquant pour une communauté particulièrement active sur les réseaux sociaux ! Sans les focus groupes, nous serions tout simplement passés à côté…

Combien de fois une telle mésaventure ne nous est-elle pas arrivée lors du lancement d’une campagne, d’un mailing, d’une nouvelle offre ? Le détail qui crevait les yeux, le petit réglage ou le gros blocage… et les solutions pour les éviter que seul le regard profane peut nous révéler. Seulement voilà, les budgets étant souvent réduits, on fait l’impasse sur ces pré-tests qui frisent ou dépassent souvent les 10 000 €.

D’où l’idée de Quali’asso®, le premier « omnibus quali » spécialement pensé pour les associations et autres organisations levant des fonds auprès du public, qui combine la régularité et le principe de mutualisation des omnibus quantitatifs des instituts de sondage avec la finesse d’approche des études qualitatives.

Un dispositif conçu autour de 3 principes :
- L’accessibilité financière grâce à la mutualisation des coûts ;
- La connaissance de l’économie sociale et solidaire et de ses acteurs, de la communication et du fundraising ;
- La conduite des études par un spécialiste de l’animation de focus groupes et des systèmes de représentations.

Quali’asso®, à quoi ça sert ?

A explorer les ressorts du don et à mieux comprendre la perception de l’image et des actions des associations.
A valider l’efficacité des campagnes de communication ou d’appel au don, et la pertinence des choix de production et de médias. Plus précisément à vérifier :
- la compréhension (que retient M. Toutlemonde de notre message après y avoir été exposé quelques minutes)
- l’attribution (qui a fait cette campagne, ce mailing…)
- l’adhésion
- les freins et les leviers pour le passage à l’acte

Quali’asso®, comment ça marche ?

-  Un panel représentatif de donateurs classiques réguliers (donnant tous les ans à plusieurs associations), réunis par groupes de 7 à 10 en banlieue parisienne et en province et consultés via 5 à 6 vagues annuelles,
- Une animation par QUALI’STRAT, cabinet d’études qualitatives spécialisé dans le secteur social, fondé par Johann Tesson, directeur d’études et animateur spécialisé.

- Ces focus groupes sont composés de deux parties :

  •        Un tronc commun autour de l’actualité et des événements marquants pour le secteur (des sujets choisis en collaboration avec un comité de pilotage auquel sont associées les organisations souscriptrices)
  •       Trois modules « individualisés » par vague, pour tester la campagne, le support, l’action… d’une association ou fondation souscriptrice

- Le système de souscription permet de mutualiser les coûts et de choisir entre plusieurs formules et niveaux d’investissement (tarif dégressif)
- Une confidentialité totale entre les organisations qui soumettent un test, leur partie leur étant présentée individuellement, mais leur participation leur donnant aussi accès à la synthèse des résultats du « tronc commun »
- Engagement formel de non communication des résultats à l’agence LIMITE si l’association ou la fondation souscriptrice ne le souhaite pas.

Quali’asso®, comment faire pour en savoir plus ?

- En téléchargeant le document de présentation

- En nous contactant !

Le collectif des publicitaires éco-socio-innovants devient l’Association pour une communication plus responsable

Créé en avril 2008 par 9 patrons d’agence (Laure Maud, Stéphanie Gentilhomme, François Collet, Philippe Barre, Laurent Terrisse, Alexandre Pasche, Vincent Dulout, Daniel Luciani, Sauveur Fernandez), le collectif des publicitaires éco-socio-innovants devient l’Association pour une communication plus responsable. Doté d’une structure loi 1901, le collectif va pouvoir mieux s’organiser, plus mobiliser et peser en tant qu’organisation de professionnels engagés.

Cette évolution propose à l’ensemble de la profession une nouvelle vision des pratiques des différents métiers de la communication. Free-lance, dirigeant ou salarié d’agence, étudiant, journaliste, chercheur et association : tous ceux qui comme nous souhaitent mettre nos métiers au cœur de la transition écologique, sociétale et numérique de notre société sont invités à nous rejoindre.

Retrouvez les propositions pour réformer la communication et lui permettre de retrouver son rôle d’aiguillon social : elles sont actuellement soumises à vos avis + toutes les idées neuves sont les bienvenues. Une version définitive du programme verra le jour une fois ces propositions débattues.

Pour nous rejoindre, rendez-vous sur la nouvelle plateforme du collectif (qui remplace l’actuel ning ). Ce nouvel outil est à la fois une porte d’entrée sur l’association et un espace de réflexion et de travail pour les membres actifs*.

L’adhésion à l’association vous permettra :
> d’avoir accès au réseau des publicitaires éco-socio-innovants
> de voter et participer aux Assemblées générales
> de participer à l’élaboration des textes, plateformes politiques, projets et actions publiques…
> de participer à nos événements

et !
> de valoriser votre engagement avec une très jolie carte d’adhésion, un pied de mail valorisant et un logo à mettre en avant dans vos présentations ou dans vos réseaux.

Rejoignez-nous en adhérant à l’Association pour une communication plus responsable* !
(voir conditions d’adhésion ci-dessous)

contact : adhesion@collectifcomresponsable

* Conditions d’adhésion
5 € étudiants et chômeurs
10 € pour les pros individuels et les free
100 € pour les agences -  10 personnes
200 € pour les agences + 10 personnes

Il est possible d’être membre de l’association tout en contribuant au collectif Adwiser ou aux travaux de l’AACC.

Trop de pub tue-t-elle la pub ?

Voilà la question que posera l’un des ateliers, animé entre autres par Laurent Terrisse, proposés par l’Université d’été de la communication pour le développement durable d’ACIDD/Comité 21 qui a lieu les 30 et 31 août dans le Sud de la France.

A cette occasion, les membres du Collectif des publicitaires éco-socio-innovants (dont LIMITE est membre fondateur) présents sur place présenteront leur programme de réforme des règles et pratiques professionnelles de la communication : 4 séries de mesures (sur l’organisation de la profession, le contenu des messages, la production et la diffusion des campagnes et médias) qui tirent les conséquences de l’impact de la communication sur la société et proposent de la mettre au service d’une consommation et de modes de vie plus responsables.

Affaire à suivre…

Cliquez ici pour télécharger le programme.

 

* Trop de pub tue-t-elle la pub ? Va-t-on vers des restrictions, voire des interdictions ?
La pression publicitaire croissante liée à la crise économique, le manque de créativité, rendent-ils le consommateur publiphobe ? 80% des personnes interrogées par l’agence Australie (fin 2010) l’assimilent à « une source d’ennui ». Pourrait-on aller vers des interdictions ou des restrictions de publicité ?
Pékin vient de lancer la chasse aux publicités promouvant l’hédonisme et le luxe à outrance.
Certaines formes de publicité, comme la publicité extérieure critiquée pour particulièrement défigurer les entrées des villes, sont de plus en plus limitées, voire interdites. Le Vermont, le Maine, Hawaï et l’Alaska ont interdit les panneaux publicitaires dans l’espace public, tout comme 1300 municipalités : Sao Paulo les a complètement interdits…

Intervenants :
Christophe Bultel, Professeur assistant, département stratégie, Responsable du pôle
« Communication et Marketing Responsables » de l’Institut pour la Responsabilité
Globale dans l’Entreprise d’Audencia Nantes School of Management
Laurent Terrisse, Président, Agence LIMITE

Animation :
Delphine Masson, Journaliste

Pourquoi les Français tardent-ils à donner pour la Corne de l’Afrique ? Pour le comprendre, une enquête IFOP à l’initiative de LIMITE, publiée ce matin par le Journal du Dimanche*

Ce sondage Ifop**, réalisé du 9 au 11 août, a été conçu par Jérôme Fourquet, Directeur des études de l’IFOP, à partir d’une analyse menée par LIMITE avec le sociologue Alain Mergier, Président du Comité d'éthique de LIMITE. Il distingue les réponses des 43 % de Français qui déclarent avoir donné lors de précédentes mobilisations internationales.

 

Une première : les publics habituellement les plus généreux sont ici les plus sceptiques sur l’utilité de soutenir les associations.

Comme les ONG le ressentent, la cause somalienne fait nettement moins recette auprès du grand public que les précédents appels aux dons suite au tsunami ou au tremblement de terre en Haïti. Seuls 12% des Français déclarent en effet avoir déjà donné pour lutter contre la famine dans la Corne de l’Afrique, contre 37 % lors du tsunami et 25 % pour Haïti.

L’écart est encore plus parlant parmi les 65 ans et plus, qui constituent le noyau dur des donateurs et la cible principale des campagnes de collecte : respectivement 52 % et 48 % d’entre eux disent avoir donné lors du tsunami et pour Haïti contre seulement… 17 % pour la Somalie.

 

Quelques explications à cette situation assez inédite de résistance au don

Tout d’abord, un élément de contexte global : le sentiment aujourd’hui très massivement répandu dans la population (79 %) que, depuis un ou deux ans, les mauvaises nouvelles et les catastrophes s’enchaînent et se multiplient, suscitant en retour un effet de lassitude et de fatalisme.

Mais également, des motifs spécifiques à la Corne de l’Afrique :

  • Quand on interroge les 31 % de Français qui s’étaient mobilisés à l’occasion du tsunami ou d’Haïti, mais qui n’ont pas donné pour la Somalie, la hiérarchie des raisons invoquées par ces non-donateurs est assez éloquente sur les causes « endogènes » au déficit de mobilisation.
  • Au 1er chef, 40 % d'entre eux expliquent leur refus de donner par le risque « que l’argent et l’aide alimentaire seront détournés sur le terrain » et 28 % déclarent que « les dons et les aides qui ont été faits par le passé pour cette région du monde n’ont rien changé : la situation en est toujours au même point ». Ils sont 22 % à penser que leur don « ne changera rien à la situation et que les organisations et associations humanitaires ne peuvent pas faire grand-chose sur place ». Dans le détail, il apparaît que les raisons propres à la situation sur place sont nettement plus citées par les seniors, qui constituent normalement le cœur battant des donateurs. La crainte de détournement de l’argent atteint 49 % parmi les 65 ans et plus (contre 35 % parmi les moins de 35 ans), le faible impact des précédentes campagnes dans la région 37 % (contre 20 % seulement chez les plus jeunes) et de la même façon 30 % des seniors (contre 11 % des moins de 35 ans) estiment que les ONG ne peuvent pas faire grand-chose sur place.

Cette vision pessimiste de la situation sur le terrain qui vient freiner le don, notamment dans le cœur de cible des retraités, ressort également des réponses à une autre question. L’opinion publique formule de fait des jugements quasi unanimes dont les ONG devront tenir compte pour adapter leur discours :

95 % des Français sont d’accord avec l’idée selon laquelle « dans cette région d’Afrique, la famine revient très régulièrement depuis de nombreuses années sans que l’action humanitaire ne résolve le problème car il faudrait des vraies réponses de fond au plan politique et économique ». Cette représentation d’un véritable « tonneau des Danaïdes » est encore plus présente parmi les seniors qui ont en mémoire l’histoire des famines dans cette région.

91 % des Français estiment que « cette région d’Afrique n’est plus gouvernée et est à la dérive depuis des années », ce qui explique qu’on craigne des détournements de l’aide sur place et que l’absence d’infrastructures porte préjudice au travail des ONG.

Dans ce contexte, on comprend alors que 87 % jugent que « face à une catastrophe humanitaire de cette ampleur, ce n’est pas à nous mais aux Etats et aux organisations comme l’ONU de venir en aide à ces populations ». Ce jugement est très important car il semble indiquer que l’opinion publique ne crédite pas les ONG d’une efficacité dans cette crise. D'ailleurs, 85 % répondent que « face à l'ampleur des difficultés sur place, les associations humanitaires sont impuissantes », alors que, dans les autres catastrophes, on se tourne d’abord vers les ONG, plus réactives et plus proches du terrain que les Etats.

 

Des solutions pour inciter les Français à donner pour la Corne de l'Afrique

Quels seraient alors les leviers à actionner pour néanmoins inciter au don les 31 % de Français qui s’étaient mobilisés lors des grandes crises précédentes, mais qui n’ont pas donné cette fois ?

  • 90 % déclarent que si des ONG soutenaient un programme qui conjugue aide d’urgence et action à long terme pour que ces situations ne se reproduisent pas, cela les inciterait à donner. Ce traitement du problème à la racine pour répondre au sentiment très répandu d’un éternel recommencement de ces crises dans la région rencontrerait un écho, notamment parmi les seniors (61 % déclarent que cela les inciterait « beaucoup », contre 40 % parmi les moins de 35 ans).
  • Autre piste, que l’on peut relier à l’actualité immédiate sur la crise et la contribution des catégories les plus favorisées, 86 % des anciens donateurs ne s’étant pas mobilisés cette fois indiquent que si des ONG « demandaient à des grandes entreprises ou à des personnalités fortunées de s’engager à donner autant que le grand public comme cela se fait dans d’autres pays », cela les motiverait à donner, 51 % disent même « beaucoup ». Cet « appel aux riches » s’explique par l’ampleur de la tâche (il faut donc mobiliser des moyens considérables), mais fait également écho aux débats et prises de parole récents sur l'implication des plus fortunés dans les efforts de redressement des comptes publics.
  • En revanche, l’accroissement des déductions fiscales pour les dons est la piste qui fait le moins recette (53 % de citations), tout comme la collecte de produits alimentaires à la sortie des supermarchés (57 %).

 

C'est donc la première fois que l'on constate, dans un contexte de catastrophe humanitaire, un tel scepticisme du public sur l'efficacité du don ; les donateurs traditionnels et fidèles sont même plus tranchés que les autres sur l'impuissance des ONG à régler cette situation. On distingue un phénomène de répétition de crises conjugué à des causes endogènes à cette région du globe, mais aussi des raisons plus complexes liées à une évolution du rapport au don qui peuvent laisser présager d'un changement profond.

La connaissance, la perception et la logique des donateurs ont radicalement changé : ils doutent de la capacité des ONG à résoudre cette crise et s'en remettent aux Etats et à l'ONU, ainsi qu'aux « nouveaux philanthropes façon Bill Gates». Jusqu'ici, l'économie du don a fonctionné sur l'évidence que les ONG sont les meilleures garantes pour régler les situations de crise humanitaire. Si cette évidence disparaissait, c'est l'équation même du rapport au don qui pourrait s'en trouver modifiée.

Alors, même si la confiance reste solide (puisqu'un réservoir de 8 % de Français affirme avoir l'intention de donner pour la Corne de l'Afrique et que seuls 3 % d'anciens donateurs déclarent avoir décidé de ne plus donner aux associations), il s’agit bien de tenir compte de ce mouvement de fond : alors que la rhétorique et les médias de la plupart des associations n’ont pas changé depuis le Biafra, les perceptions et la connaissance des donateurs, elles, ont radicalement changé.

Ce qui appelle des communications collaboratives, qui argumentent de manière ouverte l’utilité et l’efficacité de l’intervention humanitaire (urgence et long terme, capacité à accéder aux populations, effet levier sur les pouvoirs publics internationaux, stratégies d’action, etc.), des programmes de communication qui vont au-delà de l’urgence pour ouvrir le dialogue avec les donateurs : prendre en compte leurs doutes, répondre à leurs interrogations, avouer les difficultés… en d’autres termes, partager avec eux ce que leur don produit.

* http://www.lejdd.fr/Societe/Actualite/Sondage-dons-francais-pour-la-Somalie-379659/?from=headlines

** questionnaire auto-administré en ligne auprès d’un échantillon de 1003 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus – méthode dite « des quotas ».

 

 

 

Comment adapter nos campagnes de communications sociétales aux « Evénements Incroyables » ?

Depuis le début de cette année 2011, des actualités inouïes – au sens propre – ont, à plusieurs reprises, interrompu le cours normal des choses, produisant sur le public un effet de sidération qui a parasité les campagnes sur des sujets de société.

Révolutions arabes, Fukushima, DSK… ont rebattu les cartes (comme dirait notre ami et membre du Comité d’éthique LIMITE Alain Mergier qui utilise souvent la « méthode des cartes » pour décortiquer les logiques émergentes dans l’opinion publique) sur des sujets structurants, torpillant bien des certitudes d’experts et nombre de stratégies de communication grandioses, soudain rendues obsolètes.

A quoi peut bien être due cette accumulation d’« événements incroyables » justement cette année ? le hasard ? le destin ? l’approche de l’apocalypse ?

Une piste de début d’explication : lors de la première audience de DSK, vous vous souviendrez peut-être de cette pauvre journaliste de France Info qui, n’ayant pu entrer dans la salle d’audience, commentait en direct de l’autre côté de la porte, à New York, les tweets envoyés depuis la salle… qu’elle aurait aussi bien pu suivre, avec nous tous, à Paris.

Après Google, Youtube et autres App, Wikileaks, Facebook, Twitter ont atteint leur maturité fin 2010 et commencent à produire leurs effets mondialisés. Avec Wikileaks, on a vu les puissants (politiques ou économiques) de ce monde pris de court par l’hyper-vérité. Avec Facebook, les smartphones et leurs SMS ou MMS, ce sont des dictatures qui ont été neutralisées. Avec Twitter, ce sont les médias traditionnels qui sont définitivement dépossédés de leur fonction d’annonce des événements.

Chacun se trouve soudainement confronté à un flot d’informations « non médiatisées » (au sens de triées, choisies, analysées, recoupées, mises en perspectives) et mondialisées, c’est-à-dire largement américanisées. On avait eu un avant-goût de ce phénomène lors du tsunami asiatique de décembre 2005.

A l’ère pré-twittique, les Français auraient eu droit à une version des événements arabes réinterprétée au filtre du storytelling des services et agences de com qui arrosent – quand ils ne les possèdent pas – habituellement les médias pour le compte des régimes autoritaires et des groupes qui les corrompent.

Aujourd’hui, le storytelling de maman fonctionne de moins en moins et tend à laisser la place au « dialogue de la marque avec ses publics » comme le décrit Stéphane Rozès.

Autre conséquence de ces « média-tastrophes » globalisées, l’attention du public à nos campagnes, surtout si elles font appel à l’indignation, l’engagement, l’opinion, est pendant plusieurs jours beaucoup plus difficile à capter. Des tests sur des campagnes associatives menées au moment de Fukushima ou des remontées d’appels aux dons lors de l’affaire DSK ont confirmé les mauvaises performances de mémorisation ou de passage à l’action des publics habituellement réceptifs à ces causes.

Trois idées structurantes pour adapter nos stratégies de communication à cet environnement chahuté et en devenir :

1)   Ne pas tout miser sur un coup ou sur une période mais concevoir des dispositifs de 10 à 15 jours.

2)   Co-construire les campagnes avec le public en exploitant toutes les potentialités qu’offrent Internet et les réseaux sociaux.

3)   Ne pas trop mettre en avant les experts, les sachants, les « influants », qui souffrent d’un déficit croissant de crédibilité du fait de leur incapacité à anticiper ces événements, et leur préférer le témoignage et l’opinion des anonymes, « experts » de notre quotidien mouvant.

Laurent Terrisse

 

Et si Socrate n’était pas un chat ?

« Internet n’est pas rentable en fundraising, car les donateurs sont des seniors et les seniors pratiquent peu Internet »

Au nom de ce syllogisme, nombre d’associations investissent moins de 1% de leur budget de développement dans la communication et la collecte en ligne, alors que celle-ci représentait fin 2010 déjà entre 3 et 7% de la collecte et que plusieurs grandes organisations françaises vont tourner cette année autour de 10M€ de bénéfice net sur leur e-fundraising. Le patron de l’une de ces dernières à qui je faisais part de cet aveuglement me répondait : « tant mieux, je dis d’ailleurs moi aussi que la collecte en ligne ne marche pas, comme ça je taille des parts de marché pendant qu’il n’y a pas encore grand monde ».

Les derniers chiffres de Médiamétrie publiés par Challenges.fr montrent qu’au cours des douze derniers mois, le nombre des internautes âgés de plus de 65 ans a progressé de près de 40%. « Du jamais vu. Ils sont 3,62 millions, c’est-à-dire près d’un million de plus qu’en 2010. Les plus de 65 ans représentent désormais 9,2% du nombre total des internautes, c’est-à-dire quasiment la moitié de leur poids dans la population française… et trois (internautes) sur dix ont plus de 50 ans.

Si l’on prend en compte la tranche des 50-65 ans, les « silver-surfers » représentent désormais 30,4% du total des Français se connectant au web. On n’est donc plus très loin d’une proportion conforme au poids des plus de 50 ans dans la population française (42,7%) »

Alors… peut-être que le nouveau syllogisme c’est que plus les seniors deviennent internautes, plus le fundraising devient @ ?

Laurent Terrisse