Archives du mot-clef communication
Les associations pensent aussi aux mobinautes
Selon le dernier rapport de BuzzCity (télécharger le rapport en PDF), la France se place au 10ème rang européen du marché de la publicité sur mobile. La croissance sur le troisième semestre 2011 est remarquable, +99%, avec précisément 130 035 614 annonces.
Si les associations semblent encore en retrait sur ce marché, elles se montrent beaucoup plus au fait de l’optimisation de leurs sites pour la navigation à partir d’un téléphone portable comme le révèle notre étude « e-donateur » à paraitre prochainement. Ceci confirme également leur volonté de continuer à élargir leur audience en s’adaptant aux nouveaux usages des technologies mobiles ainsi que leur réactivité sur cette question. La France compte 17,7 millions de mobinautes et 70% d’entre eux se connectent tous les jours (source Médiamétrie).
Afrique : 40 ans plus tard, toujours le même regard
Pourquoi les Français tardent-ils à donner pour la Corne de l’Afrique ? A la suite de l’enquête IFOP-LIMITE, nous vous proposons des pistes à explorer pour une communication adaptée aux exigences et attentes des donateurs actuels.
Ecce Assange. Exit Murdoch. Pour les marques aussi.
L’ère de l’hyper vérité est-elle sur le point de remplacer celle de l’hyper mensonge ?
Et si oui, quelles conséquences nous autres, communicants, devons en tirer dans l’élaboration et la conduite de nos stratégies ? En particulier lorsque nous travaillons pour des marques dont le positionnement est très engagé sur des valeurs d’intérêt général, environnement, santé, respect… ?

Au moment où il semble que l’empire du mensonge qu’a élaboré le clan Murdoch va s’effondrer dans un immense scandale qui révèle chaque jour un peu plus la collusion qui s’était établie entre les pouvoirs et les cyniques parodies d’actualités qui, ces dernières années, ont souvent tenu lieu d’information à un public encore crédule, l’onde de choc Wikileaks qui a gagné le monde et paniqué les pouvoirs depuis 2010 pourrait bien changer radicalement le cadre dans lequel s’élaborent les opinions et les images des marques.
L’excellent débat animé le 5 décembre par Amy Goodman sur DemocracyNow entre le philosophe slovène Slavoj Zizek et Julian Assange permet de comprendre à quel point la nouvelle donne de l’opinion publique est bouleversée.
http://www.dailymotion.com/video/xjoi40A la 53ème mn (part 2) Slavoj Zizek revient sur ce fait : Wikileaks crée cette situation révolutionnaire dans laquelle plus personne ne peut faire semblant de ne pas savoir (…) « même si vous voulez ignorer Wikileaks, il a complètement changé la scène médiatique (…) Nous sommes au moment de vérité » « ceci est une pénétration idéologique de la vérité dans tous les médias mainstream »
Julian Assange : les informations sur les régimes arabes rendues publiques par Wikileaks fin 2010 ont créé un contexte dans lequel les élites internationales et le gouvernement américain ne pouvaient plus prétendre ne pas savoir que c’étaient des dictatures.
A Amy Goodman qui cite les nombreux dirigeants politiques de tous pays qui ont engagé une chasse sans merci contre Julian Assange, comme Newt Greenwich qui dit : « Julian Assange est engagé dans une guerre du terrorisme de l’information », ce dernier répond (après un trait d’humour sur Sarah Palin à la 12ème minute) : « ça a été incroyable de voir un nouveau mac-cartisme émerger en si peu de temps » (…) « ces gens sont effrayés de voir la face vraie de l’histoire révélée, leur réaction est rassurante »
Et Slavoj Zizek d’ajouter à la 19ème minute : « en fait, oui vous êtes un terroriste, dans le sens où Gandhi était un terroriste (…) il a effectivement essayé d’interrompre le cour normal du colonialisme anglais (…) Si vous êtes un terroriste, que sont-ils, ceux qui essayent de vous arrêter ? »
Fin 2010, dans une interview au journaliste Glenn Greenwald, Julian Assange poussait plus loin l’explication : « Les informations (que nous divulguons) ont un potentiel réformateur. Et les informations qui sont dissimulées ou censurées le sont parce que les gens qui les connaissent ont bien compris qu’ils disposent de ce pouvoir réformateur. Ils s’emploient activement à empêcher cette réforme (…) Plus une organisation est secrète ou injuste, plus les fuites induisent la peur et la paranoïa parmi ses dirigeants (…) Comme les systèmes injustes génèrent nécessairement une opposition en raison de leur nature, et que dans bien des cas ils ont énormément de mal à se maintenir en place, des fuites massives exposent leur extraordinaire vulnérabilité à ceux qui cherchent à les remplacer par des systèmes de démocratie directe. »
En résumé, comme l’écrit Paul Jorion dans « La guerre civile numérique » (Textuel éditions) où ces propos sont rapportés : « Assange est certainement un Robin des Bois contemporain ».
L’hyper vérité, fruit par réaction de l’hyper mensonge, s’impose même au « shérif de Nottingham » : « même Fox News est bien obligé de travailler sur de l’info, elle ne peut pas travailler sans info ; de sorte qu’alors que CNN a caché certaines de nos infos, Fox a plus (repris nos infos et donc) donné la vérité au peuple que CNN » (Julian Assange au cours du débat Democracy Now du 5 juillet 2011).
Qu’est-ce que cette nouvelle donne de l’opinion change pour la communication des marques ?
- traditionnellement, les entreprises (mais aussi les associations) et surtout ce qui touche à la marque ont une culture du secret, fondée sur le contrôle maximal de l’information ;
- mais les marques sont désormais objet d’opinion : l’enjeu de leur image et de la passion – l’amour ou de la haine – qu’on leur porte est leur vérité, la vérité de la marque : l’approcher, l’exprimer avec sincérité, assumer ses failles, la partager ;
- cette vérité des marques n’est plus l’exclusivité de ceux qui les détiennent: on ne peut plus verrouiller la communication, elle se fait en dialogue, en débats, parfois ailleurs que chez l’annonceur.
C’est particulièrement vrai des marques engagées, encore plus des associatives qui n’appartiennent plus tout-à-fait à leurs propriétaires légaux.
A qui appartient la vérité de la marque?
Certaines marques ne s’appartiennent plus tout-à-fait : Croix-Rouge, Max Havelaar, WWF, mais aussi Danone, Apple, Google, et bien d’autres, sur lesquels leurs publics et parties prenantes se sentent des droits, droits de « liker » ou droits de critiquer.
L’ère des Dircom verrouilleurs et des agences pour tout contrôler est révolue. Non seulement le storytelling façon Steve Denning ne fonctionne plus, ni pour valoriser ni même pour protéger les marques sur la place publique mondialisée qu’est devenu le web, mais les nouvelles règles de l’hyper-transparence la rendent dangereuse pour les « com-servateurs ».
Pour les marques à faible notoriété, encore pas ou peu partagées, c’est désormais un vrai choix stratégique de décider de s’engager ou non dans des stratégies de communication adaptées à ces nouvelles règles de l’imaginaire vrai et de la communication conversationnelle.
Celles qui sont déjà connues, peuvent, si elles ne sont pas prêtes à assumer les conséquences de ces nouvelles règles de communication, choisir de se replier sur des univers contrôlables.
Mais pour celles qui ont besoin du soutien de l’opinion grand public, l’apprentissage du « lâcher prise » passe par celui de l’imaginaire vrai et de la co-production. Il implique une transformation profonde des méthodes de communication, et parfois de l’organisation elle-même, en tout cas des mentalités.
Les réseaux sociaux globalisés sont le révélateur et le terrain de cet apprentissage.
Les marques qui vont tirer leur épingle de ce jeu de la vérité sont celles qui choisiront le camp de leurs clients contre celui des marchés financiers (pour les associations et fondations : de leurs militants et donateurs contre les puissances qui veulent contrôler leur combat).
Dans le monde des « wikibrands », la valeur reste créée par des marques. Mais par des marques révolutionnaires dont la conversation repose sur des « true stories » et qui acceptent que d’autres que les communicants co-produisent leur vérité.
Intervention de LIMITE au séminaire AFF de la collecte de fonds
LIMITE n’est pas une agence de fundraising, mais une agence de communication responsable, qui conçoit des campagnes qui génèrent des interactions, des contacts, des prospects et des donateurs. C’est à ce titre que l’agence intervient chaque année dans l’incontournable séminaire de l’Association Française des Fundraisers (AFF), le plus souvent sur des problématiques qui touchent à Internet. En effet, à travers ce média (ou canal ou espace), les frontières entre communication et marketing volent en éclats.
L’année dernière, nous avions partagé en séance plénière, aux côtés d’Hélène Bongrain de la Fondation Abbé Pierre (maintenant Institut Curie) et d’Anne-Marie Schmidt de Greenpeace, nos « cas clients » et bonnes pratiques dans le domaine de la « e-collecte ». Cette année, l’AFF nous a donné l’occasion d’animer 2 ateliers privés, ce dont nous la remercions au passage, et nous a demandé de nous concentrer sur des aspects plus méthodologiques pour démontrer, non pas « pourquoi faut-il placer Internet au cœur de sa stratégie Internet ? » mais « comment ? », et c’est l’exercice auquel nous nous sommes livrés devant une trentaine de participants à 2 reprises durant le séminaire.
Du fait de notre double positionnement d’agence conseil en communication et d’expert en stratégie digitale, le « comment » pour LIMITE consiste à s’appuyer impérativement sur les piliers suivants, pour bénéficier de l’effet de levier intrinsèque d’Internet et gagner des parts de voix pendant qu’elles sont encore bon marché :
- une stratégie digitale doit être une déclinaison connectée et intégrée à la stratégie générale de l’organisation, à la fois aux plans stratégique, communication et marketing : si cela paraît être une évidence, LIMITE a les compétences, les outils et les méthodes pour le rendre concret et opérationnel (comité Internet, KPI…)
- une stratégie digitale embrasse le web et le mobile bien entendu, mais aussi le système d’information, le e-CRM (le 360° numérique) et surtout les synergies fortes qu’Internet possède avec les actions marketing/communication « offline » et le terrain
- une stratégie digitale se doit d’être découpée en 3 tiers en termes d’efforts humains et budgétaires :
- 1/3 pour les présences web (hébergement, exploitation, maintenance technique, fonctionnelle et graphique des sites de l’organisation et de ses espaces sur les réseaux sociaux)
- 1/3 pour les contenus et l’animation éditoriale (création, mises à jour, modération, newsletter, sollicitations prospects, emailings de fidélisation…) en lien avec l’actualité de l’organisation (communication pub, RP) et les actions marketing (MD, téléphone…)
- 1/3 pour la gestion des différents éléments liés au trafic : référencement naturel, référencement payant (achat de mots clés, campagnes Facebook, affiliation, emailing)
- une stratégie digitale présente des règles du jeu et des contraintes spécifiques :
- il ne faut pas hésiter à échouer le plus vite possible. Qu’est-ce que cela implique ? se lancer, tester, ajuster ; être ainsi en béta permanente. Eviter donc de dépenser tout son budget dans le lancement et prévoir des réserves, non seulement pour l’animation, mais aussi pour les évolutions et optimisations…
- ne pas minimiser les spécificités de l’exécution (technique, fonctionnelle, graphique, éditoriale, virale), ou encore l’adéquation entre les ressources allouées et les objectifs poursuivis. L’exécution est tout aussi importante que le fond (posture, message, tactique de diffusion).
La fin de l’année se prépare maintenant, n’hésitez pas à nous solliciter cet été pour réfléchir à votre stratégie digitale : on est là !
Webreakfast LIMITE n°4 : les hackers sont ils des modèles pour les acteurs non marchands ?
France 4 a diffusé récemment en avant-première sur Internet et diffusera vendredi sur son antenne le reportage « Pir@tages » qui traite de la culture et de l’éthique des « hackers » et que les geeks ont qualifié, sur Twitter et dans la blogosphère, de « salutaire » mais « avec « 10 ans de retard » tant le modèle hacker est à l’origine et au coeur du développement des technologies et des entreprises Internet. Mais est il également un modèle pour les associations, fondations et ONG ?

Avec le journalisme de données ou l’organisation de fuites anonymes, dans le contexte des révolutions arabes et en parallèle de la montée de législations ou de dispositifs de contrôle de l’Internet, les hackers ont également fait irruption sur la scène géopolitique, médiatique et politique, à tel point qu’on parle d’une « internationale hacker » et de nouvelles formes d’activisme pour désigner les actions et les mobilisations portées par les émules de Wikileaks, les collectifs de hackers Anonymous et Telecomix et des associations comme la Quadrature du Net.
Ces nouveaux acteurs, leur organisation, les thèmes qu’ils portent, leurs méthodes de plaidoyer et de mobilisation, et leur modalités de financement sont autant de sujets de réflexion pour les associations, fondations et ONG qui interviennent dans les différents secteurs de l’intérêt général. A partir d’un balayage critique de ce nouveau paysage, LIMITE invite les acteurs plus traditionnels du secteur non marchand à débattre et à échanger sur les leçons à tirer, les choses à imiter ou au contraire les différences entre le secteur caritatif et grande cause d’une part et ces formes inédites et high-tech de représentation de la société civile.
Exclusivement réservé aux personnels permanents des associations, fondations, ONG, ce webreakfast se déroulera le 5 mai 2011 de 9h à 12h à la Maison des Associations au 23 rue Greneta 75002 Paris, et il est disponible à l’inscription (places limitées) via le formulaire qui se trouve ici.
Adieu le 30 secondes et bonjour les histoires
Précisons que LIMITE n’a pas contribué à cette opération. L’agence accompagne en revanche l’Institut Pasteur dans le cadre du Think Tank Fiducie Philanthropique et des deuxièmes Assises de la Philanthropie qui auront lieu le 23 juin prochain ; nous vous en reparlerons d’ailleurs très prochainement.
Un bon webdoc sur le mal-logement
L’agence a découvert hier, en avant-première, le web documentaire réalisé par Samuel Bollendorff et Mehdi Ahoudig et produit par Textuel La Mine pour la Fondation Abbé Pierre : « À l’abri de rien ». Un webdoc, associant l’audio à la photo, autour de douze témoignages reflets de la diversité des situations de mal-logement en France.
© Textuel La Mine
Une nouvelle fois, Samuel Bollendorff (membre du Comité d’éthique de LIMITE), s’attaque à un sujet difficile en utilisant la technique du web documentaire.
L’internaute est un zappeur/cliqueur invétéré… Oui, sauf quand on lui propose du contenu riche. C’est ce que confirme l’explosion des infographies et des webdocs qui transforment des infos complexes en contenus attractifs. « À l’abri de rien » est, à ce titre, un bon exemple d’une com très réussie pour faire comprendre ce qu’est le « mal-logement », une notion souvent présentée de manière réductrice.
Bref, une réalisation au service du fond, le genre de chose qu’on aime bien !
Les Caisses d’Epargne affirment leur engagement sociétal avec LIMITE
Choisie en septembre 2010 à l’issue d’une compétition menée pendant l’été, l’Agence LIMITE a conçu avec la Fédération Nationale des Caisses d’Epargne (FNCE) une campagne destinée à rappeler l’engagement de cette grande banque coopérative.
L’accroche « Pour la Caisse d’Epargne, l’humain sera toujours une valeur sûre » exprime la réalité de cet engagement (imaginaire vrai*), puisque la Fédération Nationale des Caisses d’Epargne communique… après avoir agi, comme le prouvent les centaines de projets soutenus que l’on peut découvrir sur le site internet. Dans cette même logique, le visuel valorise ces anonymes qui s’investissent de multiples façons dans un même esprit d’initiative (empreinte immatérielle positive*), en ne les réduisant pas à un rôle social particulier – clients ou sociétaires, mais en privilégiant la force et l’autenthicité de leur engagement personnel (homme multidimensionnel*).
Le plan média, qui privilégie la proximité, repose essentiellement sur des insertions en presse quotidienne régionale les 16 et 17 décembre 2010. Mais, le concept de la campagne a été imaginé pour pouvoir se déployer dans la durée, sur différents supports, en particulier dans les agences des Caisses d’Epargne.
> Télécharger le communiqué de presse
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* Piliers de la « Copie-Stratégie Responsable » développée par le Collectif des publicitaires éco-socio-innovants :
• Imaginaire vrai© : la publicité doit s’appuyer sur les spécificités réelles du produit, du service ou de l’entreprise.
• Empreinte immatérielle positive© : encourager la marque à mettre en scène des idées, des valeurs, des territoires qui font évoluer positivement les mentalités et les pratiques liées à l’environnement, la diversité, les droits humains, le bien-être.
• L’homme multidimensionnel© : la publicité verte et éthique s’adresse à l’homme dans toutes ses dimensions : l’individu, le citoyen, le consommateur, l’actionnaire, le salarié…
« Facebook, Twitter : je t’aime moi non plus ! » Du bon usage du slacktivism par les ONG.
Depuis quelques mois se déroule un fil de discussion impressionnant autour du « slacktivism » qui caractérise des formes d’engagements politiques, humanitaires, etc. assez lâches que l’on voit se développer à la faveur du succès des réseaux sociaux et dont Facebook est l’exemple emblématique. Pour simplifier la question, il s’agit de savoir si cliquer le bouton « J’aime » peut constituer une forme d’engagement pertinente : d’où l’expression « Clicktivism » qui est un autre synonyme de cette modalité d’engagement que certains qualifient « d’engagement mou ». Ce débat n’est certes pas nouveau, ni dans sa formulation (« la révolution ne sera pas tweetée » renvoie au fameux slogan de Gil Scott Heron : « la révolution de sera pas télévisée »), ni dans les problématiques qu’il pose (la question du rôle de la technologie et des médias –quels qu’ils soient- dans leur rapport à l’engagement et à la mobilisation).
Le débat sur le « slacktivism » : une réification de la figure du militant ?
Ce débat autour du l’engagement par internet sous la forme du « slacktivism » avait trouvé toute son actualité à l’occasion des événements qui se sont déroulés en Iran en juin 2009 à l’occasion des élections présidentielles et en particulier du rôle joué par le site de micro-blogging Twitter (Voir l’article - #iranelection #gr88 #neda Please RT : mais qu’a donc fait Twitter en Iran ?). Dans le prolongement de ces événements, tous les commentateurs, qu’ils soient techno-euphoriques ou techno-prophétiques, y sont allés de leur analyses, parfois toutes aussi caricaturales les unes que les autres.
C’est sans doute au journaliste anglo-américain Malcolm Gladwell que reviendra la palme des commentaires les plus fantaisistes à ce sujet ; commentaires repris abondamment par la presse internationale et, chose plus étonnante, par le blog français Internet Actu (voir l’article Réseaux contre hiérarchies, liens faibles contre liens forts). Comparant le mouvement non violent noir américain, les mouvements d’inspiration terroriste des années 50 à 70, ce « penseur chic et un peu toc » comme le qualifiait un article du New York Magazine repris par Courrier International en février 2009, expliquait que les formes d’engagement émergentes à travers les réseaux sociaux ne ressemblaient pas aux formes d’engagements plus traditionnelles in real life et donc celles donc qui vont du NAACP aux RAF (Fraction Armée Rouge), dés lors que les jeunes ne faisaient que cliquer « J’aime » telle ou telle cause sur Facebook. On s’étonnera que cette analyse sur les formes, répertoires et trajectoires de mobilisation puisse aujourd’hui encore avoir un quelconque crédit tant elle apparaît désuète : en clair, un « vrai militant » est celui qui soit se fait frapper par la police sans rien dire, soit quelqu’un qui prend les armes, détourne un avion ou prend en otage un chef d’Etat pour l’exécuter ensuite ; le reste n’étant qu’activisme mou et autre « engagement distancié ».
On s’amuserait presque de cette « ruse de l’histoire » qui voulu que quelques heures après la publication de ce billet sur Internet Actu, des dizaines de milliers de jeunes lycéens, qui s’étaient organisés par Facebook, MSN ou par SMS sortent dans la rue pour contester la réforme des retraites du Gouvernement et que les mêmes qui parlaient de « slacktivism » soient épouvantés par ces technologies qui produisent du chaos, de la violence et de la contestation sociale (on s’était de la même manière inquiété en son temps du rôle joué par les Skyblog lors des émeutes de banlieue en France en 2005 ( voir l’article « R@caille digitale ou les émeutes de banlieue n’ont pas eu lieu »). On ne s’en amusera cependant complètement car il est difficile d’oublier que c’est à nos enfants que l’on injoncte de fait, pour qu’ils puissent obtenir leur certificat de bons et de vrais militant, le port d’une arme ou à tous le moins l’opposition frontale à une répression du mouvement social particulièrement violente.
Qu’est que s’engager ?
Au-delà de ces analyses à l’emporte pièce, il convient aujourd’hui de se poser la question du rôle que peuvent jouer les réseaux sociaux et autres sites de partage dans la mobilisation en évitant de réifier des formes de militantisme qui n’ont jamais existées, car il convient d’en être convaincu, on ne nait pas militant, mais on le devient au terme d’histoires, de trajectoires nourries de rencontres, d’expériences, etc. Toute personne qui a eu l’occasion de fréquenter un syndicat, un parti ou une association sait que la mobilisation, l’entrée dans une trajectoire de bénévole ou de militant passe très souvent par des étapes qui ne se résument pas à une vision essentialiste ou dichotomique du militantisme. Et à cet égard, de la même manière que distribuer un tract devant une entreprise à 6 heures du matin, il n’apparaît pas choquant (froid en moins :) que quelqu’un qui clique « j’aime » sur une cause pour en assurer une large diffusion sur Facebook de ce même tract.
Il n’apparaît pas plus choquant, à moins de réifier des formes d’engagements orthodoxes, que des utilisateurs de Twitter se mobilisent pour envoyer des outils d’anonymats à des internautes dont les gouvernements surveillent les communications ou qu’ils diffusent partout dans le monde le flux des informations en provenance de ces pays. Il apparaîtra de la même manière nullement choquant que des activistes écologistes tiennent, par Twitter et en temps réel, leurs contacts au courant de leurs actions visant à retarder l’avancée d’un train chargé de déchets nucléaires. Cliquer « J’aime » sur un groupe Facebook pour promouvoir une cause et la signaler à son réseau de relation, n’est pas, loin s’en faut un acte anodin, embarquer (« embeder ») une vidéo sur son compte Facebook ou son blog, la commenter, la noter, non plus.
Détecter les signes d’engagement dans les réseaux sociaux et leur apporter une réponse
Mais c’est sans doute là que la responsabilité la plus grande incombe à l’organisation : toute la question qui se pose à elle est en effet d’être en capacité de détecter les signes de cette mobilisation diffuse pour pouvoir ensuite l’orienter vers des formes d’action plus organisées. Si beaucoup d’organisations, d’associations, d’ONG se félicitent d’avoir un grand nombre de « followers » sur Twitter, d’ « amis » ou de personnes qui « aiment » leur dernière campagne, sur Facebook, bien peu se posent la question qui consiste à savoir ce qu’elle peuvent faire avec ce potentiel de bénévoles et de militants. Cette attitude fait penser à une pratique ancienne du PCF, le « défrichage » qui consistait à faire remplir des talons d’adhésion à la Fête de l’Humanité pour annoncer le chiffre lors du meeting du dimanche soir du Secrétaire Général et ne jamais reprendre contact avec ces personnes qui avaient pourtant signer un bulletin d’adhésion.
On s’étonnera ainsi que nombre d’associations oublient, ne serait-ce que de remercier sur les différents supports sur lesquels ont été relayé leurs campagnes, les personnes qui ont contribué à en assurer la publicité et la diffusion. On s’étonnera encore plus qu’il ne leur soit pas proposé de s’abonner à une newsletter permettant ainsi de garder un lien plus étroit avec eux permettant de les inscrire dans un processus d’adhésion, sous une forme ou une autre, à la vie de l’association. On parle aujourd’hui beaucoup de community management ou de « gestion de la relation client ». Sans aller jusqu’à avancer qu’il y a une parfaite homologie entre ce champ qui émane du marketing et celui du monde des ONG, il convient de réfléchir, à la faveur du développement de ces outils (et notamment ceux de la relation clientèle) comment les utiliser pour permettre à des publics de s’inscrire dans une trajectoire de mobilisation autour d’une cause, d’une campagne, d’un problème public ou d’une organisation.
Loin des déclarations réifiantes et souvent déceptives vis-à-vis des nouveaux médias, de leur rôle qu’elles peuvent jouer pour les associations, les ONG ou les fondations, il convient de prendre la mesure du potentiel de mobilisation qu’elles recèlent dés lors qu’elles sont utilisées de manière cohérente dans le cadre d’une politique propre à une organisation. Il s’agit moins de se poser en effet la question de la nature de ces outils que de les utiliser de manière à permettre aux publics de s’inscrire dans des trajectoires d’engagement qui leur convient : qu’il s’agisse de formes de bénévolat, de militantisme ou de don, considérant chaque type d’action comme étant potentiellement une voie d’accès à la cause et à son organisation.







