Le temps presse

Le 4 février, lors de la Conférence de Muhammad Yunus au Grand Rex, Marc Obéron et Wim Wenders sont venus présenter Le temps presse : 8 films pour défendre les Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Le dernier de ces 8 films, « Person to Person » (réalisé par Wim Wenders) aborde en particulier la question du micro-crédit et donc de relations entre personnes.

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Les pionniers de l’or vert aux USA (Dominique Nora), mais en France ?

Dominique Nora est ingénieur agronome de formation et elle travaille au Nouvel Observateur dont elle a été la correspondante pour les Etats-Unis pendant des années. Dans « Les pionniers de l’or vert », elle s’intéresse à Richard Branson (Virgin), Tony Blair, Larry Page (Google), Jimmy Wales (Wikipédia), Al Gore, Bill Clinton, Björk, Neil Young, Sir Paul McCartney, à leur conscience écologique et à leur rapport au business de la décarbonisation et de la lutte contre le réchauffement climatique : cleantech, greentech, ernergytech, infotech…

Les Google de la Green Economie sont pourtant déjà là – Tesla Motors, Better Place, eSolar, Amyris, Sustainable Spaces, Makani Power, Idealab – et comme le dit l’auteur  « ils n’ont rien à voir avec les tree-huggers américains, les militants anti-OGM de France ou les antinucléaires allemands. Zéro cynisme, zéro révolte ». Ils sont souvent un peu loufoques mais ils appliquent l’adage de Gandi (« D’abord ils vous ignorent, puis ils rient de vous, puis ils vous combattent… et puis vous gagnez. ») et ils génèrent des millions de dollars…

La conjonction entre Terminator le Gouverneur républicain mais ultra-green de Californie et l’arrivée au niveau fédéral du démocrate Obama à la Maison blanche a créé un boulevard pour ces pionniers de l’or vert et pas seulement en Californie mais aussi en Oregon, Le Connecticut, le Vermont, New York et Washington (source : American Council for an Energy Efficient Economy). L’industrie et le web se réconcilient dans ce nouveau far west, Google Ventures investi dans les énergies vertes, Starbucks passe au café tout équitable et réduit son prix de vente pour ceux qui possèdent un mug « en dur » et évitent donc le gobelet en plastique.

Du côté du consommateur on le sait, les comportements sont plus longs à se modifier et la typologie suivante domine :
- les engagés : savent quoi faire, comment le faire et ils le font souvent
- les contradictoires : savent quoi faire et comment le faire mais ne le font pas encore
- les préoccupés : veulent apprendre quoi faire mais ne le font pas encore
- les incertains : ne savent pas comment faire la différence
- les cyniques : ne savent pas ou s’en moquent

Face à Patagonia qui est exemplaire et qui reste indépendant, Dominique Nora revient sur les exemples exemplaires qui ont été absorbés par les acteurs historiques : Ben & Jerry par Unilever, les céréales Kashi par Kellogg’s, le dentifrice Tom’s of Maine par Colgate-Palmolive, les yaourts Stonyfield Farms et Les 2 vaches par Danone, les chocolats Green & Black’s par Cadbury Schweppes, Odwalla et Innocent par Coca Cola, les baumes Burt’s Bees par Clorox, Body Shop par L’Oréal… Restent ils exemplaires ? On ne le sait pas vraiment, mais on se prête à rire quand dans le livre on découvre que certains ONG environnementalistes US ont créé des Brigades Anti-Greenwashing : à quand des descentes chez Areva, Total, au Crédit Agricole, chez Volkswagen, Henkel, Renault…

Une voiture de sport électrique à 100000 dollars ou démocratiser les voitures électriques en les vendant mais en louant les batteries et en mettant l’électricité en vente sur abonnement, les maisons écolos pas chères ou le choix de la rénovation contre la construction dans le bâtiment ou la réduction des surfaces de vie au profit d’un meilleur agencement intérieur, la gestion intérieure de ses flux d’énergies au travers d’une console en ligne, biofiouls cellulosiques ou à partir d’algues, médicaments à bas coût contre la malaria, systèmes individuels ou collectifs solaires, champs d’éoliennes sur la wind belt, leurs idées ne manquent pas d’air sans CO2…

Que les pionniers français (qui sont ils ? qui pourrait citer des entreprises innovantes des greentech françaises ?), ou les pionniers étrangers qui veulent s’implanter en France ne cherche plus qui consulter comme agence : nous sommes là !

Les 1ères Assises de la Fiducie Philanthropique à l’Institut Pasteur comme si vous y étiez mais en léger différé…

Pour ceux qui n’étaient pas ce matin aux 1ères Assises de la Fiducie Philanthropique organisée par l’Institut Pasteur, voici quelques morceaux choisis parmi les interventions :

> Alice Dautry Directrice générale de l‘Institut Pasteur :
« A l‘Institut Pasteur la philanthropie est dans notre ADN »

> CerPhi :
- « le premier constat : une grande effervescence du secteur de la philanthropie depuis peu en France »
- « le fonds de dotation = + de souplesse, donc outil d‘indépendance pour la demande allègement fiscal + indépendance »
- « plusieurs philanthropes souhaitent une structure unique d’orientation vers le(s) bon(s) expert(s) »

> François de Witt (animateur) :
« Désormais le proverbe a tort qui disait ‘le bruit ne fait pas e bien et le bien ne fait pas de bruit’  »

> Bruno-Julien Laferrière (PDG Banque Transatlantique) :
- « Nous avons de plus en plus affaire à des acteurs qui veulent avoir une approche plus entrepreunariale de leurs dons »
- « Les nouveaux philanthropes qui viennent nous voir nous disent <<Je veux un retour sur mon investissement sociétal>> »
- « La Fondation Bill Gates distribue plus d’argent que l’ensemble des structures caritatives françaises »

> Denis le Squer (Pdt du Directoire de la Fondation pour a Recherche Médicale) :
« La possibilité donnée au philanthrope d’évaluer l’efficience de leur don est vital »

> Pierre Moussa (philanthrope) :
- « Notre première opération en 1999 a consisté à consacrer 2 millions d’euros, capital et revenu, à une fondation pour la création de micro-entreprises en Afrique »
- « Pour les 3 suivantes (pour l’Institut Pasteur, Aide Médicale Internationale et une œuvre religieuse) nous avons recouru à des donations temporaires d’usufruit à hauteur de 2millions d’euros de capital chacune. Si tout se passe bien, on reconduira après 5 ans et si on est satisfait, le capital sera légué à chaque cause correspondante »
- « La 5ème opération est une donation temporaire d’usufruit de 2 millions d’euros de capital pour la Fondation de l’Alliance Française »
- « Mes conseils concernant la gestion des capitaux confiés en usufruit : a) ne pas trop se disperser ; b) ne pas faire que monétaire (l’Etat y pousse), car il faut tout de même que cela génère le plus de fonds possible pour la cause »

> Denis le Squeer (Pdt du Directoire de la Fondation pour a Recherche Médicale) :
« Afin de préserver le capital donné en usufruit, par exemple pour les futurs héritiers, l’idéal est un placement de type BMTN, bons à moyen terme négociables, qui permettent de créer un produit sur mesure mais sécurisé »

> Maître Bernard Monassier :
- « Tout a changé : la politique et l’attitude de l’Etat, et celles des donateurs. Nous avons aujourd’hui le meilleur contexte philanthropique du monde »
- « Attention, les legs qui tombent aujourd’hui sont des testaments d’il y a 20 ans. Mais les notaires ne reçoivent quasiment plus de legs par testaments, alors que la philanthropie est à la mode »
- « Beaucoup de clients nous disent qu’ils ne veulent pas faire de legs, qu’ils ne pourront pas contrôler après leur mort, à des associations dont ils n’arrivent pas à connaître le fonctionnement »
- « Les notaires se considèrent comme incapables d’informer leurs clients sur le fonctionnement des associations »
- « Il faut une révolution dans le contrôle des associations, en s’inspirant du <<charity act>> britannique »

> Catherine Bergeal (direction juridique de Bercy, auteure de la loi sur les Fonds de Dotation) : « La législation est aujourd’hui équilibrée entre souplesse et contrôle ». Maître Bernard Monassier : « Bercy bloque actuellement plusieurs demandes de donations temporaires d’usufruit ». Catherine Bergeal (direction juridique de Bercy, auteure de la loi sur les Fonds de Dotation) : « Bercy est d’accord pour toutes ces donations temporaires d’usufruit »

> Bruno-Julien Laferrière (PDG Banque Transatlantique) :
« De plus en plus de projets philanthropiques familiaux »

> François de Witt (animateur) :
- « Le Comité de la Charte, c’est le CAC40 des associations »
- « Les boites du CAC40 ont des professionnels des relations investisseurs… et bien, il faut que les associations fassent pareil : le secteur associatif doit se professionnaliser »

> Catherine Bergeal (direction juridique de Bercy, auteure de la loi sur les Fonds de Dotation) :
- « La création des fonds de dotation début 2009 est un grand succès : la semaine dernière, nous en comptions 109 et ce matin 112 ! Le Bureau des associations de Bercy a été littéralement submergé d’appels»
- « Premiers constats sur les 112 fonds de dotation créés à ce jour : la majorité a) sont en région parisienne ; b) sont dans le social, d’éducation et la culture ; c) n’ont pas de dotation initiale ; d) sont plutôt créés par des initiateurs pour faire appel à la générosité  du public (agrément nécessaire)
- « 50% des 112 fonds de dotation créés à ce jour mènent directement leur action et 50% distribuent les revenus à d’autres »
- « Le Comité stratégique des fonds de dotation de Bercy n’a pas d’existence juridique mais accompagne les porteurs de projets et émet des recommandations qui inspirent les circulaires et les décrets »
- « Premier avis rendu par le Comité stratégique des fonds de dotation de Bercy en avril dernier : préciser l’importance de respecter les règles de transparence sur le fonctionnement, la gestion et l’emploi des fonds, le projets, etc »
- «Le Comité stratégique des fonds de dotation de Bercy s’apprête à émettre avant fin 2009 des recommandations sur a) la gouvernance (transparence, équilibre, …) ; b) la bonne gestion des fonds ; c) les relations du fonds de dotation avec ses donateurs (pourquoi pas un contrat type recommandé ?). Ces recommandations se transformeront en circulaires et directives début 2010 »

> Patrick Gershel (Pdt du Fonds des amis du Louvre et membre du Comité stratégique de suivi des fonds de dotation) :
- « Les fonds de dotation sont en fait des <<fondations lights>> »
- « Lorsque je deviens philanthrope, je deviens <<client>> de l’institution à laquelle je le fais ; je n’ai pas envie d’être traité comme une <<vache à lait>>, mais comme un véritable <<client>> »
- « La gestion du capital d’un fonds de dotation doit être sérieuse, mais pas trop peureuse ; il faut donc que les institutions recrutent de bons professionnels »
- « Les conseils d’administrations des institutions bénéficiaires doivent être plus impliqués, non seulement dans la gestion, mais surtout dans la collecte ; aux Etats-Unis, les administrateurs bénévoles sont à l’origine de 1/3 des fonds collectés par leur association et fondation »
- « Nous n’y avions pas pensé en proposant de les créer, il y a cinq ans, quand tout le monde disait que c’était impossible, mais un fonds de dotation est une bonne manière de préfigurer une fondation »

> Maria Nowak (Pdte de l’ADIE) : « Le fonds de dotation ADIE, qui a été le premier important, est un grand succès après seulement quelques mois et va être un instrument déterminant du développement de l’entreprenariat populaire »

> Catherine Bergeal (direction juridique de Bercy, auteure de la loi sur les Fonds de Dotation) :
- « Le principe des fonds de dotation emprunte à plusieurs régimes : a) il se crée comme une association ; b) il se finance comme une fondation ; c) il a le régime fiscal des organismes à but non lucratif »
- « On a été surpris de la surprise des lecteurs de la directive d’avril 2009, car <<gestion désintéressée>> n’interdit pas qu’un administrateur de l’institution d’intérêt général fondatrice d’un fonds de dotation soit  administrateur de ce fonds de dotation »
- « L’institution d’intérêt général fondatrice d’un fonds de dotation peut recevoir des fonds issus des revenus de ce fonds de dotation »
- « L’idée qu’un fonds de dotation pourrait être créé pour un autre but que pour le mécénat est absurde »

> Xavier Delsol (cabinet Delsol) : « Le fonds de dotation n’est pas nécessairement éligible au régime des exonérations fiscales. Il faut, comme toute association ou fondation, qu’il soit agréé »

> Christine Lagarde, Ministre de l’Economie :
- « Je me souviens du séminaire du 19 novembre 2008, il y a un an, au cours duquel beaucoup disaient que le projet fonds de dotation serait difficile. Un an après, il est une réalité et un succès »
- « Les fonds de dotation s’inspirent de deux morales : a) celle de Stan Lee, inventeur de Spider Man, <<with great power comes great responsability>> ; b) celle de Paul Eluard <<pas d’enthousiasme sans sagesse, ni de sagesse sans générosité>> »
- « 30 000 mécènes français pour 2,5 milliards d’euros, dont 47% consacrés à la culture et au social et 2000 fondations pour un montant de 10 milliards d’euros. L’Allemagne est à 16 000 fondations et le Danemark à 12 000. Nous nous engageons dans le même sens »
- « J’ai demandé à l‘Inspection Générale des Finances de me proposer, dans les semaines qui viennent, des mesures pour favoriser l’incitation fiscale à la philanthropie, notamment en faveur des pays du Sud »
- « Je le confirme : le cumul administrateur fondation RUP / fonds de dotation est possible »
- « Le problème des réticences françaises vis-à-vis du don est  aujourd’hui résolu. Je vous en assure sur le plan fiscal »
- « Dans notre pays, le mécénat a été très peu atteint dans son développement, contrairement, par exemple, aux Etats-Unis »

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Feuilleton de rentrée 2009 : La confiance, enjeu de l’économie, des collectes, des labels, et de la communication responsable

Qui dit sortie de crise, implique retour de la confiance. Mais de quelle confiance ? Je pense que la confiance va sortir de la crise différente. Aux philosophes et romanciers de nous décrire cette nouvelle nature de la confiance.

Mais, pour nous qui sommes aux premières loges de l’opinion, dans le « quart d’heure d’avance » de la communication, le changement de paradigme de cette confiance aveugle que nos clients ont la chance que le public leur confie lorsqu’ils ne l’ont pas trahie et que nous savons nous faire les relais fidèles de cette promesse tenue, ce changement est déjà palpable.

Quand on travaille sur internet, comme chez Limite, cette « palpation du changement de la nature de la confiance » est, je dirais presque, le cœur de notre conseil, de nos créations, de notre motivation. Quand, qui plus est, cette approche « web-orientée » se conjugue avec l’objectif d’une communication éthique qui s’efforce d’amener l’annonceur le plus loin possible pour obtenir effets court et long termes, elle se devient plus lisible.

C’est ce que nous essayons de cerner, très concrètement, très opérationnellement, dans ces quelques prochains billets, sur les enjeux :
-    pour la collecte de fonds
-    de la com corporate
-    sur les labels éthiques et la conso
-    pour la pub

Pour ceux qui n’ont jamais assisté à une « Conversation Essentielle » (www.conversationsessentielles.org site réalisé par le réseau Trilogicom d’ailleurs), ne manquez pas celle du 30 septembre aux Bernardins, dont le sujet est « Que la confiance règne ! ».

Une confiance qui, au cœur de la délégation que les donateurs accordent aux associations, fondations et ong quand ils leur délèguent, par charité ou par soucis de soi, le soin d’agir sur les injustices du Monde, est restée, tout au long de cette année de crise mondialisée, solide.

Mais une confiance donnée a priori, voire à l’aveugle, quand on sait le peu que les donateurs connaissent de leurs associations préférées (qui n’est, au fond, pas différent de la situation des marques classiques). Donc une confiance fragile, qui ne sera pas de nature à distinguer les bons des mauvais élèves en cas de sur-médiatisation négative. Une confiance à la merci d’un mauvais rapport de la Cour des Comptes qui viendrait réveiller le souvenir de Crozemarie, ou d’interprétations malveillantes des effets de la crise financière sur les placements des institutions, même si ceux-ci ont été gérés « en bon père de famille », à un moment où paraissent dans les médias des « ballons d’essais » à propos de l’opportunité de supprimer certaines niches fiscales dans la Loi de Finance de cet automne, dont, pourquoi pas, certaines déductions sur les dons…

Face à ces risques, plus que jamais il nous semble que les associations et fondations qui font appel à la générosité du public doivent être prêtes, chacune et collectivement à rappeler l’efficacité de leur action, à donner accès à leur gouvernance et à se distinguer des organisations déviantes, que ce soit par des dispositifs préventifs de relations publiques, une présence active – et interactive – sur leurs univers web, et, si nécessaire, par des prises de parole publicitaires de nature à assurer que leurs messages soient clairement entendus dans la cacophonie prévisible.

Le pire n’est jamais certain, mais, en cas de crises, mieux vaudra s’être préparés.

(à suivre : enjeux pour la confiance corporate)

Offensive coordonnée anti-ONG : à qui profite le crime ?

Dans le cadre de la série de grands débats “Controverses” de l’été sur France Culture, Pascal Lamy, Directeur de l’Organisation Militante du Commerce, face à Susan George, écrivaine altermondialiste et membre d’Attac, s’interroge sur la légitimité des grandes ONG comme WWF ou Oxfam (dispo à l’écoute ici)

Un nouveau signe que les associations vont de plus en plus avoir besoin de mieux en mieux communiquer sur leur stratégie, leurs résultats, leur gouvernance pour justifier et soutenir leur développement et leur fundraising, car elles commencent à faire l’objet d’attaques professionnelles et coordonnées de la part de ceux que leur légitimité dans l’opinion (voir le baromètre de la confiance de l’agence Edelman) gêne et rend nerveux : jetez un oeil au site de la Fondation Prométhéus, machine à contrer les associations créée par Areva, Thales, Dassault, Sanofi, etc, qui s’intéresse singulièrement aux ONG.

Après la tribune de Claude Allègre dans Libération annonçant la création d’une Fondation anti-écologiste (bien sûr appelée « pour la croissance écologiste » ou un truc comme ça), le Point du 30 juillet 2009 incite à contester la légitimité des ONG dans un dossier intitulé « ONG en eaux troubles ».

Dans le cadre d’une “investigation” à charge et à sens unique, à une question dont la formulation est empreinte d’une grande objectivité journalistique : « Quels moyens la communauté internationale pourrait-elle opposer à des organisations non élues et dont la force essentielle est de s’appuyer sur les médias ? », Hubert Védrine répond en laissant entendre que les attaques des ONG contre le nucléaire et sur les Droits de l’Homme en Afrique sont pilotées depuis les USA.

Ben voyons…

En fait j’ignorais que les défenseurs des Droits de l’Homme, ou ceux de la Planète, que j’ai la chance de croiser depuis 20 ans, dans le cadre de campagnes de mobilisation sans lesquelles Nelson Mandela serait encore en prison et les marées noires toujours impunies, renoncent à de bien plus fructueuses carrières et se font même en fait torturer pour servir les intérêts de puissances étrangères ! ces militants qui ont fait reculer et juger des dictateurs ou des pollueurs sont en réalité des naïfs qui n’ont aucune légitimité ?

Et donc le public, qui les soutient, et les médias, qui répondent à cette sympathie du public en se faisant écho de leurs campagnes, sont des ânes bâtés, des traitres inconscients ?

Et, pendant qu’on y est, les associations de malades du diabète qui mettent en cause l’industrie agro-alimentaire aussi, sont manipulées par des intérêts étrangers (lesquels ? les fabricants chinois de woks ?) ; et les défenseurs des victimes de l’amiante (interdite en France beaucoup plus tard que dans beaucoup de pays voisins) par les ennemis de notre secteur BTP ?

Il est intéressant de noter que les industriels du nucléaire et de la Défense, n’ont pas trouvé de ministre de droite pour attaquer les ONG en soutenant ce type de thèse. Comme Claude Allègre, Hubert Védrine est originaire de la gauche socialiste. Comme l’ancien ministre de l’Education nationale et grand chercheur, il est surtout un sachant, un expert convaincu de son pragmatisme et de son hyper-rationnalité : le peuple, lui, est irrationnel. Et les médias qui ne servent pas les pouvoirs qui, eux, sont forcément rationnels, mais servent le peuple, sont, de facto, démago.

Et si la rationalité était plutôt à chercher de l’autre côté que de celui des anciennes élites ? Et si elle se trouvait dans un vieil adage populaire tel que « c’est l’intention qui compte » ?

Car, en fin de compte, ce que le peuple reconnaît lorsqu’il accorde plus de confiance aux ONG qu’aux politiques, et encore plus qu’aux entreprises, n’est-ce pas le fait que, quand les ONG agissent, leur objectif est l’intérêt général ?

Novethic classe la RSE du CAC40 du top-down au bottom-up

Au travers des rapports DD 2007 des entreprises du CAC 40, Novethic a tenté d’étudier comment sont intégrés les salariés dans les stratégie RSE. Car effectivement, la RSE ne doit pas procéder d’une logique d’émetteur et ne devrait théoriquement pas être initiée, pilotée et déployée uniquement à partir de la direction (approche top down).

Les collaborateurs ne sont pas présentés comme des interlocuteurs stratégiques dans les politiques RSE des acteurs du CAC40, les réseaux de correspondants sont limités, l’association des parties prenantes internes peut développées et dans la forme les rapports DD laissent peu de place à l’expression des salariés.  Le classement établi par Novethic découpe le CAC40 en 6 catégories selon la place donnée aux salariés : stratégique, centrale, développée, avancée, limitée ou inexistante.

Déployer des stratégies RSE auprès, en direction, contre, avec ou pour les salariés, c’est pas pareil, voyons donc qui fait quoi selon ce rapport :
> au sein des « inexistants », certains ont pourtant énormément communiqué sur leur stratégie DD (Lafarge) ou leur politique sociale (Michelin) > chez les « limités » on trouve les constructeurs auto sans distinction du fait qu’ils aient été une régie publique comme Renault ou un opérateur privé comme PSA, des grands assureurs comme Axa, des banques sous le feu des projecteurs comme la SG, Vivendi, Veolia…
> les actions des « avancés » (Crédit Agricole, Total, Suez, Gaz de France) et des « développés » (Vinci, Sanofi, BNP Paribas, LVMH, EDF) sont jugées encourageantes > la place « centrale » des salariés est patente pour Novethic chez Bouygues, L’Oréal, PPR, Carrefour et France Telecom
> les 2 « meilleurs » étant ST Microelectronics et Danone

La méthodologie quantitative ne s’attachant qu’au déclaratif (les rapports DD), il est difficile de s’en tenir au classement pour donner des bons points « sociaux » mais les disparités qui sont pointées vont certainement amener les entreprises à revoir au minimum leurs briefs « rapport DD » à leurs agences, et pourquoi pas à intégrer plus systématiquement leurs collaborateurs dans leur politique RSE ?

Le microcrédit : usure ou solidarité ? Ca dépend…

Faire du « mauvais esprit » est un levier très puissant, un droit inaliénable pour les individus et une chance collective pour la démocratie, je l’ai toujours pensé et toujours défendu, même si j’ai souvent expérimenté le contraire ou les conséquences négatives qu’il peut y avoir à « cracher dans la soupe » (incompréhensions, sanctions, déstabilisation personnelle…).

Dans le numéro 68 de l’excellent CQFD (Ce Qu’il Faut Détruire), la rubrique « Faux ami », qui est à CQFD ce que le concept « d’écotartuffe » est au Journal de la Décroissance, est dédiée au « Microcrédit, macro-usuriers ». Et là comme souvent après un article qui fait du « mauvais esprit », je suis partagé et perplexe.

Je comprends que CQFD se paye le luxe de critiquer les taux d’intérêt accordés par les IMF aux artisans et paysans du Sud et les méthodes parfois cavalières dans le recouvrement des créances, je comprends aussi qu’ils écorchent Yunus et la « Grameen Bank (partenaire de Danone) » et également Attali car là aussi il y a matière à débat et à polémique. Donc je me dis que c’est normal, d’autant que le journal pointe que les solidarités communautaires, le troc et les tontines n’ont pas attendu les « pontes et les nouveaux mécènes du microcrédit » pour exister et que c’est même plutôt le contraire désormais puisque cette nouvelle possibilité s’impose parfois en concurrence avec les « anciennes méthodes ».

Mais après sur le fond, CQFD « se fait en fait » la forme actuelle et « tendance » du microcrédit d’aujourd’hui, mais cela ne disqualifie pas le concept en général et l’ensemble de ses applications. Maria Nowak par exemple en tant que patronne de l’ADIE (Association pour le Développement de l’Initiative Economique) travaille depuis plus de 20 ans à prêter aux « pauvres de France » pour qu’ils créent leur propre emplois et d’autres emplois si possible, ce à taux zéro à des taux se situant entre 9 et 15% (merci jehan) et sans communication outrancière.

Parce que l’humilité et la modération budgétaire sont au centre de ce que nous appelons la communication responsable, il est important de saluer l’ADIE et d’ironiser avec CQFD sur les dérives médiatiques et opérationnelles du microcrédit.

Le débat existe également concernant le commerce équitable, et il est aussi sain de l’avoir…

Obama veut taxer la générosité ?

Le Président sauveur du monde aurait le projet de déshabiller pierre (supprimer les exonération fiscales sur les dons aux OSBL) pour habiller paul (financer la réforme du système de santé). Pourtant aux USA, il n’y a que la philanthropie et donc les donateurs qui permettent aux ONG, aux hôpitaux et aux musées d’exister : ce n’est pas l’Etat qui comme « chez nous » à la fois finance et dé-fiscalise pour encourager la générosité. Même si c’est pour financer une sorte de CMU de base dont les Américains en général, et les plus démunis en particulier, manquent cruellement, ce serait peut-être une manière un peu contre-productive de trouver de l’argent en période de crise. Pourquoi ne pas encourager par une taxe adaptée les industries qui tuent directement (armement, tabac, alcool…) ou indirectement par la pollution ou les atteintes à la santé (pétro-chimie, agro-alimentaire…) à faire de généreuses donations pour permettre aux citoyens US de disposer d’une couverture médicale ?

Maurice Lévy googlise Eric Schmidt (Lions de la Pub – Cannes 26 juin 2009 – partie 2)

Après quelques amuse-gueule…

Sur la crise :
- « Si nous sommes heureux, chez Google, de ne pas être dans l’industrie automobile, c’est surtout parce qu’elle est entièrement nationalisée, à présent »
Sur l’encadrement d’internet :
- « Que ce soit en Chine avec la censure politique, ou en France avec la loi Hadopi, les Gouvernements sont toujours frustrés de ne pas pouvoir contrôler ce que les gens font avec ces nouvelles libertés qu’internet rend possibles. Toutes les stratégies de fermeture sont à courte vue : quand il voit s’afficher une mention du type « interdit par ordre du Gouvernement », tout internaute sait que c’est là que c’est intéressant et redouble d’efforts pour contourner cet interdit»
Sur la concurrence :
- « Nous sommes heureux de contribuer à la constante capacité d’adaptation de Microsoft »
Sur le Développement Durable :
- « Chez Google, nous avons un enjeu majeur sur l’énergie. D’où notre programme « The Google energy 2040 Plan » »

… Eric Schmidt répond à une question de Maurice Lévy sur le bon usage d’internet en matière de publicité :

« Internet est un support publicitaire adapté si vous êtes un challenger, une nouvelle marque parmi des marques installées. Si vous êtes malin, il vous permet d’émerger avec peu de moyens.

Après, quand vous êtes une marque leader, il peut vous aider à optimiser votre force de vente ou de services sur le terrain. Mais si vous n’avez pas de réseau pour transformer en contacts clients ou services, internet ne marche pas.

De ce point de vue, l’influence d’internet pour Obama me paraît à la fois très surestimée et sous-estimée. Sous-estimée pour le début de sa campagne, pendant les primaires, car c’est grâce à internet que, outsider sans beaucoup de moyens, il s’est imposé comme leader chez les démocrates. Surestimée pour sa campagne une fois investi, car c’est son extraordinaire réseau militant de proximité qui a fait le boulot. Et internet n’a alors constitué qu’un excellent moyen de le mobiliser au mieux. »

Une pierre dans le jardin de ceux qui font aujourd’hui miroiter à des associations sans militants qu’une stratégie « à la obama » va remplacer le travail de terrain…

Dans la cage avec les Lions (Lions de la Pub – Cannes, juin 2009 – partie 1)

Lions de la Pub – Cannes, juin 2009

Si Laurent Terrisse s’était trouvé aux Lions de Cannes, qui sont à la Pub mondiale ce que le Festival du même nom est au Cinéma, voilà une version imaginaire de ce qu’il aurait pu entendre et échanger des moments auxquels il aurait assisté.

A la fin du dernier jour, il aurait pu se trouver invité à un dernier verre du stand privé de l’AACC, avec quelques happy fews, parmi lesquels Hervé, qui lui aurait demandé quel souvenir il gardait de DDB, Marie-Pierre, qui lui aurait courtoisement offert un pastis et un T-shirt, et l’autre Hervé, qui lui aurait fait part de ses idées pour que ACT Responsible fasse encore plus fort, l’an prochain, qu’avec Kofi Anan cette année.

« Si Obama ne vient pas pour ACT en 2010, je ne viens pas », aurait-il répondu. Mais, bien entendu, il reviendrait.

Stéphane aurait été là et l’aurait pris à part pour lui demander s’il se rendait compte des conséquences, ne serait-ce que pour l’intérêt national, mais aussi du fait de leur réel engagement, récent, certes, mais réel pour l’environnement, des attaques dont font l’objet les pubs de grands énergéticiens français. Laurent aurait pu répondre que c’était, selon lui, la communication recommandée à ces clients qui leur serait nuisible dans la durée, ainsi qu’à tous ceux qui conseillaient à un pollueur de verrouiller tout débat public en inondant tous les médias d’arguments à sens unique.

« C’est comme ce qu’a dit Eric Schmidt à Maurice Lévy cet après-midi : quand un internaute chinois tombe sur la mention « This information has been removed by order of the Government« , il a la confirmation que l’information qu’il cherche est importante. Et il va donc fouiller jusqu’à ce qu’il la trouve. Internet crée ce contexte dans lequel le rôle du publicitaire ne peut plus être de juguler, mais, à l’inverse, doit être de réveiller le sens critique »

Stéphane lui aurait sans doute répondu un truc du genre : « Ok, quand ce sera le plus efficace pour nos clients, bien sûr nous le ferons »

Quelques minutes auparavant, Bernard Brochant en aurait, par anticipation, tiré la morale : « En tant que publicitaires, nous savons maintenant que nous avons le pouvoir de contribuer à changer les choses dans le monde… mais peut-être avons-nous d’abord à changer un petit peu nous-mêmes J »

Et, dans l’un des master classes, très ciblés créas, auxquels Laurent aurait assisté, le représentant de la com de Nike aurait candidement confirmé ce besoin de changement : « Ce que j’aime, dans mon métier, c’est que, partout dans le monde, il y a des gens qui font de l’exercice et ont besoin de chaussures de sport : c’est bon de se sentir utile ».

Pourtant, au total, Laurent n’aurait pas craché dans le pastis : grâce à l’équipe de ACT et à la campagne « tck-tck-tck » de Havas pour le Global Forum (sur laquelle nous reviendrons), la com responsable est, cette année, sortie du ghetto des grandes causes, avec l’interpellation des plus grands professionnels mondiaux de la pub sur leur responsabilité sociale à propos de Copenhague. Par Kofi Anan et Bob Geldorf en personnes. Excusez du peu.