4 questions à François Debiesse à l’occasion du 2ème Mécènes Forum

Après avoir été co-concepteur et partenaire du 1er Mécènes Forum, il y a un an, LIMITE a eu la chance et le plaisir d’accompagner l’Admical tout au long du projet de cette 2ème édition (jeudi 5 octobre 2017 au Collège de France). Celle-ci s’annonce, grâce aux dizaines de contributeurs qui l’ont rendue possible, à la hauteur de la double ambition qui les rassemble : constituer le rendez-vous national de référence sur le mécénat, en révélant son rôle clé dans les transformations de l’intérêt général par la rencontre entre les mécènes et les chercheurs.

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François Debiesse
Président d’Admical

 

« InnOsez » sera le thème du prochain Mécènes Forum organisé le 5 octobre par Admical au Collège de France. Pourquoi la question de la recherche et de l’innovation vous semble-t-elle essentielle dans le secteur aujourd’hui ?

F.D. : La raison est simple : la recherche et l’innovation sont devenues plus essentielles que jamais dans notre société. Et ce pour un large éventail de sujets actuels : social, exclusion, migrants, sciences, etc. De plus en plus, il s’agit d’inventer de nouveaux schémas, des modes de fonctionnement inédits, de nouvelles méthodes collaboratives pour faire société.

Pour le mécénat, cet enjeu n’est pas nouveau mais il n’est pas toujours mis en pratique. L’argent privé, que ce soit celui des entreprises ou celui des particuliers, permet d’explorer, de prendre des risques, d’aborder de nouveaux champs, avec plus de réactivité. Ce que l’argent public ne peut pas toujours faire.

Quels sont les principaux autres enjeux pour le mécénat en cette rentrée 2017 ?

F.D. : Ils sont nombreux :

  • Certains conjoncturels, comme les évolutions de la réglementation fiscale. Dans ce domaine, les incertitudes font planer une menace sur le monde associatif. Le monde du mécénat doit faire preuve de sa capacité de dialogue concerté avec les pouvoirs publics, pour faire comprendre les dangers et les risques de certaines évolutions, les limites à ne pas franchir si on ne veut pas fragiliser un cadre actuel qui est bon, mais qui peut encore être amélioré.
  • D’autres enjeux sont plus structurels et liés à la diversité du secteur : tous ceux qui ont en charge la promotion de l’intérêt général doivent parler d’une seule voix. Ce monde de l’intérêt général doit plus travailler ensemble sur les sujets, les prioriser et présenter des préconisations collectives. Pour cela, il va falloir développer la concertation, faire converger les points de vue : il y a encore du travail en la matière.

Comment avez-vous travaillé avec LIMITE pour préparer cette deuxième édition du Mécènes Forum ?

F.D. : Nous avons été très contents de travailler ensemble, dans une dynamique de concertation, de créativité… et d’innovation ! À partir du schéma global que nous avions défini ensemble au départ, nous avons combiné idées, forces de réflexion, et réseaux, pour parvenir à un programme parfaitement en ligne avec ce qu’on souhaitait. À la veille de l’événement, quand on voit le programme de cette journée, on est assez serein sur le contenu, qui est le résultat d’une interactivité, d’une réactivité, d’une capacité à intégrer les idées de tous ceux qui ont contribué à cet événement. C’est, selon moi, comme ça qu’il est bien de travailler avec un cabinet d’accompagnement.

Pour beaucoup d’acteurs, communication et mécénat ont encore du mal à aller de pair. En quoi la première peut-elle servir le second et à quoi les mécènes doivent-ils faire attention lorsqu’ils communiquent ?

F.D. : Tout le sujet très important de la relation entre communication et mécénat porte sur la question des contreparties.

Pendant trop longtemps, les mécènes, entreprises notamment, ont cherché des contreparties. Celles-ci ont pu parfois être excessives, attirant des reproches sur l’ensemble des mécènes, accusés de ne pas être vraiment désintéressés et de chercher en fait à promouvoir leur marque.

Cela se voit particulièrement en matière de mécénat culturel, où il est important de faire le distinguo, de ne pas mélanger les genres : quand il y a forte visibilité, une partie est vraiment du mécénat mais une autre relève quasiment de la publicité. Nous devons continuer de faire la pédagogie auprès des acteurs sur ce qui relève vraiment du mécénat et sur ce qui se rapproche plus du sponsoring.

La communication autour du mécénat social est beaucoup moins challengée. En France, le mécénat sur la recherche est encore réduit, par rapport aux Etats-Unis, à la Fondation Bill & Melinda Gates, etc. mais les enjeux seront les mêmes. C’est pourquoi communiquer est nécessaire, tant que le mécénat sera insuffisamment connu, compris, et par conséquent régulièrement mal ressenti pour de mauvaises raisons. Les pouvoirs publics commencent à évoluer, mais certains médias (principalement nationaux, rarement en régions) relayent encore des idées simplistes, des jugements a priori, sans toujours bien connaître les réalités et les apports du mécénat.

C’est pourquoi il est de notre devoir collectif d’aider à fédérer les vues sur la valeur qu’apporte le mécénat à la société, sur l’investissement réel, utile, qu’il constitue pour changer les choses qui ne vont pas. C’est comme cela que nous pourrons amener de plus en plus d’entreprises et de particuliers à devenir des mécènes. En montrant l’exemple, en montrant des exemples.

Enfin, quand on parle de communication mécénale, on parle de plus en plus de communication interne. Si aujourd’hui les entreprises sont revenues sensiblement sur la communication externe, elle s’attachent de plus en plus à privilégier la relation de l’entreprise avec ses collaborateurs, avec son écosystème local. Car le mécénat a deux qualités rares : il crée des liens et il donne du sens.

 

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