Maurice Lévy googlise Eric Schmidt (Lions de la Pub – Cannes 26 juin 2009 – partie 2)

Après quelques amuse-gueule…

Sur la crise :
- « Si nous sommes heureux, chez Google, de ne pas être dans l’industrie automobile, c’est surtout parce qu’elle est entièrement nationalisée, à présent »
Sur l’encadrement d’internet :
- « Que ce soit en Chine avec la censure politique, ou en France avec la loi Hadopi, les Gouvernements sont toujours frustrés de ne pas pouvoir contrôler ce que les gens font avec ces nouvelles libertés qu’internet rend possibles. Toutes les stratégies de fermeture sont à courte vue : quand il voit s’afficher une mention du type « interdit par ordre du Gouvernement », tout internaute sait que c’est là que c’est intéressant et redouble d’efforts pour contourner cet interdit»
Sur la concurrence :
- « Nous sommes heureux de contribuer à la constante capacité d’adaptation de Microsoft »
Sur le Développement Durable :
- « Chez Google, nous avons un enjeu majeur sur l’énergie. D’où notre programme « The Google energy 2040 Plan » »

… Eric Schmidt répond à une question de Maurice Lévy sur le bon usage d’internet en matière de publicité :

« Internet est un support publicitaire adapté si vous êtes un challenger, une nouvelle marque parmi des marques installées. Si vous êtes malin, il vous permet d’émerger avec peu de moyens.

Après, quand vous êtes une marque leader, il peut vous aider à optimiser votre force de vente ou de services sur le terrain. Mais si vous n’avez pas de réseau pour transformer en contacts clients ou services, internet ne marche pas.

De ce point de vue, l’influence d’internet pour Obama me paraît à la fois très surestimée et sous-estimée. Sous-estimée pour le début de sa campagne, pendant les primaires, car c’est grâce à internet que, outsider sans beaucoup de moyens, il s’est imposé comme leader chez les démocrates. Surestimée pour sa campagne une fois investi, car c’est son extraordinaire réseau militant de proximité qui a fait le boulot. Et internet n’a alors constitué qu’un excellent moyen de le mobiliser au mieux. »

Une pierre dans le jardin de ceux qui font aujourd’hui miroiter à des associations sans militants qu’une stratégie « à la obama » va remplacer le travail de terrain…

Dans la cage avec les Lions (Lions de la Pub – Cannes, juin 2009 – partie 1)

Lions de la Pub – Cannes, juin 2009

Si Laurent Terrisse s’était trouvé aux Lions de Cannes, qui sont à la Pub mondiale ce que le Festival du même nom est au Cinéma, voilà une version imaginaire de ce qu’il aurait pu entendre et échanger des moments auxquels il aurait assisté.

A la fin du dernier jour, il aurait pu se trouver invité à un dernier verre du stand privé de l’AACC, avec quelques happy fews, parmi lesquels Hervé, qui lui aurait demandé quel souvenir il gardait de DDB, Marie-Pierre, qui lui aurait courtoisement offert un pastis et un T-shirt, et l’autre Hervé, qui lui aurait fait part de ses idées pour que ACT Responsible fasse encore plus fort, l’an prochain, qu’avec Kofi Anan cette année.

« Si Obama ne vient pas pour ACT en 2010, je ne viens pas », aurait-il répondu. Mais, bien entendu, il reviendrait.

Stéphane aurait été là et l’aurait pris à part pour lui demander s’il se rendait compte des conséquences, ne serait-ce que pour l’intérêt national, mais aussi du fait de leur réel engagement, récent, certes, mais réel pour l’environnement, des attaques dont font l’objet les pubs de grands énergéticiens français. Laurent aurait pu répondre que c’était, selon lui, la communication recommandée à ces clients qui leur serait nuisible dans la durée, ainsi qu’à tous ceux qui conseillaient à un pollueur de verrouiller tout débat public en inondant tous les médias d’arguments à sens unique.

« C’est comme ce qu’a dit Eric Schmidt à Maurice Lévy cet après-midi : quand un internaute chinois tombe sur la mention « This information has been removed by order of the Government« , il a la confirmation que l’information qu’il cherche est importante. Et il va donc fouiller jusqu’à ce qu’il la trouve. Internet crée ce contexte dans lequel le rôle du publicitaire ne peut plus être de juguler, mais, à l’inverse, doit être de réveiller le sens critique »

Stéphane lui aurait sans doute répondu un truc du genre : « Ok, quand ce sera le plus efficace pour nos clients, bien sûr nous le ferons »

Quelques minutes auparavant, Bernard Brochant en aurait, par anticipation, tiré la morale : « En tant que publicitaires, nous savons maintenant que nous avons le pouvoir de contribuer à changer les choses dans le monde… mais peut-être avons-nous d’abord à changer un petit peu nous-mêmes J »

Et, dans l’un des master classes, très ciblés créas, auxquels Laurent aurait assisté, le représentant de la com de Nike aurait candidement confirmé ce besoin de changement : « Ce que j’aime, dans mon métier, c’est que, partout dans le monde, il y a des gens qui font de l’exercice et ont besoin de chaussures de sport : c’est bon de se sentir utile ».

Pourtant, au total, Laurent n’aurait pas craché dans le pastis : grâce à l’équipe de ACT et à la campagne « tck-tck-tck » de Havas pour le Global Forum (sur laquelle nous reviendrons), la com responsable est, cette année, sortie du ghetto des grandes causes, avec l’interpellation des plus grands professionnels mondiaux de la pub sur leur responsabilité sociale à propos de Copenhague. Par Kofi Anan et Bob Geldorf en personnes. Excusez du peu.

Veille LIMITE : on en a parlé cette semaine…

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Le pouvoir de la recommandation marche aussi pour le caritatif

Ce qui est vrai pour un produit l’est pour un service,
et donc aussi pour une cause.

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Le Web change la donne c’est sûr, et vous ?

Sociologie des réseaux sociaux ?

C’est le titre d’un petit bouquin de la Collection Repères chez La Découverte qui traînait sur un étalage de la FNAC des Halles quand je suis allé acheter Dreamweaver pour Elodie qui vient de rejoindre l’agence pour travailler sur nos opérations web (bienvenue élodie). Je me suis dit, ça va me rappeler Science po et il y a aura peut-être quelque chose à en tirer pour nos stratégies digitales, pour évangéliser nos clients sur Facebook, Youtube ou Twitter ou pour ma culture perso… Et bah ni oui ni non en fait.

Outre qu’on y apprend que les réseaux sociaux sont des infrastructures qui permettent aux individus de se rencontrer ou de communiquer (définition qui tue non ? c’est celle de Bakis en 1993), on tombe de sa chaise en lisant que « les propriétés structurales des réseaux sociaux existent à l’échelon d’un sous-ensemble typique, dont la répétition forme la totalité du réseau » ! En clair, un réseau, c’est la répétition à l’infini de mini-réseaux formés de triades (3 individus), car les dyades disparaissent si un des deux membres disparaît alors qu’à partir de 3 c’est pas vrai (Georg Simmel dès 1950). La triade est considérée en sociologie comme la plus petite et la plus grande unité sociale pertinente, et donc la seule véritable unité pertinente. Dingue non ? La Trinité, la Trilogie(com), la méthode ternaire, le trépied… Le 3 comme chiffre matriciel de la stabilité…

Après ça se complique un peu (théorie des graphes de König), même si ça rappelle les graphs sociaux de type Facebook, mais on arrive vite au chapitre sur la sociabilité qui est un régal à transposer au web 2.0 et plus globalement. On y redécouvre (car tout le monde n’a pas une maîtrise de sociologie comme moi) que les réseaux sociaux sont le supports de 2 types d’actions complémentaires qui ne procèdent pas de la même logique et qu’on essaye pourtant de faire converger dans nos stratégies digitales en mobilisation autant qu’en collecte de fonds : les actions « expressives » comme l’affinité et l’amitié, et les actions « instrumentales », et là c’est plutôt de l’ordre de la solidarité et l’entraide. On pense ici à toutes les tentatives de viralisation solidaire qui capitalisent sur la sociabilité de Facebook, les pages personnelles de collecte (aiderdonner) sur Twitter, les flashs mobs, etc.

Le bouquin nous rappelle également qu’il y a d’autres pratiques de sociabilité (réceptions à domicile, sorties, bals / boites, cafés, pratique du sport…) et qu’elles ont des développements online, mais pas uniquement. Que la sociabilité est décroissante avec l’âge et donc que ce sont les jeunes les plus sociaux (pyramide des âges de Facebook, sur-représentation des djeun’s sur Messenger…). Ca permet aussi de se revoir démontrer ce qu’on sait intuitivement mais que les réacs nous feraient presque oublier : la sociabilité téléphonique ou électronique augmente d’environ 50% la sociabilité et les rencontres physiques, ça relativise le mythe d’un Internet de « no-lifes » et de solitaires atomisés.

Et là où c’est assez puissant, c’est quand on revient à Putnam et à la thèse qu’il développe dans Bowling Alone (« jouer au bowling tout seul ») : la sociabilité est un bien collectif et non pas individuel (cf. la course aux amis sur Facebook ne valorise pas celui qui en a le plus mais la globalité des gens connectés sur Facebook), et le déclin de ce qu’il appelle le « capital social » fait reculer la confiance, rend plus difficile l’action collective, affaiblit la démocratie et creuse les inégalités sociales. Ici on ne peut pas ne pas penser aux réseaux sociaux qui sont interdits dans beaucoup de pays, aux échanges « peer-to-peer » qu’on tente de filtrer et à l’individualisation du travail (autoentrepreneur) qui s’accompagne de la disparition des syndicats…

Pour la cerise sur le gâteau, je terminerais avec :

  • la théorie de la « force des liens faibles » de Granovetter selon laquelle « les individus avec qui on est faiblement lié ont plus de chances d’évoluer dans des cercles différents et ont donc accès à des informations différentes de celles qu’on reçoit ». Traduction : c’est pas parce qu’on ne voit pas tous les jours quelqu’un ou qu’on est pas en contact direct avec tous les amis de son profil Facebook que c’est pas intéressant et utile d’être connecté, au contraire en fait… Car les réseaux sociaux denses sont des « cliques » fermées sur elles-mêmes, et d’ailleurs certaines technologies favorisent ces densités exclusives (le téléphone par exemple qui met en contact principalement les gens et leurs familles + amis très proches) mais ce ne sera peut-être plus aussi vrai avec le développement des applications sociales ou géolocalisées sur les mobiles
  • la « théorie de l’équilibre structural » de Heider qui se fonde sur 4 propositions de comportements relationnels considérés comme rationnels et logiques : la première c’est que « les amis de mes amis sont mes amis », et les 3 autres en découlent directement « les ennemis de mes amis sont mes ennemis », « les amis de mes ennemis sont mes ennemis » et « les ennemis de mes ennemis sont mes amis » => selon Heider il y a équilibre si l’une de ces 4 propositions est respectée

CQFD

Veille LIMITE : on en a parlé cette semaine…

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« En quoi la crise devrait-elle être bénéfique pour faire changer vos clients ? »

La question a été posé par d’André Hochberg, Président de France Générosité, lors de la table ronde du 10 juin 2009 au Séminaire annuel de l’Association Française des Fundraisers. Voici ce que j’en ai dit alors :

Ce qui me semble à suivre de près n’est pas tant les fluctuations des bénéfices des  collectes, que les changements de paradigmes que va provoquer cette crise qui  marque le passage entre deux époques. Les révolutions n’arrivent jamais en début ou  en milieu de crises, moment où les gens « font le dos rond », ce qui est le cas en ce  moment et explique selon moi la bonne tenue des donateurs, mais en sortie de crise.

Je suis profondément convaincu que, comme le reste de l’univers, notre petit monde  du fundraising va sortir profondément bouleversé de ce qui est en train de se passer :  nouvelles représentations, nouvelles logiques d’engagements, nouveaux piliers de  confiance, nouvelles pratiques, nouvelles modalités, technologies et nouveaux  mécanismes de dons, et sans doute, nouveaux donateurs, nouvelles causes et  nouveaux business models.

Contrairement à ceux qui disent « ne changez rien car rien ne change donc rien ne  changera », je dis à mes clients : « préparons dès maintenant les changements qui  nous emporteraient si on n’a pas commencé à changer ».

Avant tout, la crise que nous vivons marquant un changement d’époque, nous devons avoir constamment à l’esprit et à cœur, avant l’investissement professionnel, la souffrance de ceux qui vont pâtir de ces changements. Nous devons aller chercher les raisons de notre passion professionnelle dans le contact et la prise en considération des SDF, enfants abandonnés des pays du sud, malades et leur famille, etc. pour qui nous levons de l’argent et mobilisons des soutiens.
Mais je me démarque d’Eric lorsqu’il déplore la crise structurelle du fundraising et de la communication actuels des associations et fondations que recouvre la récession économique mondiale actuelle : il s’agit d’une révolution, que nous étions quelques-uns à attendre, et dont nous ne pouvons que nous réjouir si les solidarités en limitent les effets pour les plus faibles et si elle fait tomber des vieilles institutions qui bloquent le paysage de l’initiative privé d’intérêt général, en aidant les innovateurs à émerger.

Vous pouvez lire la suite de cette réponse, en téléchargeant le pdf ici

Veille LIMITE : on en a parlé cette semaine…

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