Les « Donne-à-tord » et les « Je-néreux », piliers du « Don-ditionnel »

Débat des fundraisers de l’AFF (Association Française des Fundraisers) présents à la présentation de l’étude IFOP/LIMITE sur les Français face à la crise (vague de février 2009) – 19 février 2009

Les études de ce début 2009 sur les comportements des donateurs convergent autour d’une triple idée :
- Les « Donne-à-tord », donateurs traditionnels, certes ébranlés par la baisse de leurs ressources et par leur rôle de « génération-pivot » qui doit soutenir les autres (Claudine Attias-Donfut, Fondation Nationale de Gérontologie), continuent de donner contre vents et marées (comme le confirme également France Générosité), tiennent bon face à la crise. Depuis déjà 5 ou 6 ans, les travaux d’Alain Mergier et d’autres observateurs du secteur avaient démontré que, pour ces générations plutôt d’avant-guerre, le don fait partie intégrante de leur mode de vie, la solidarité est une manière d’affirmer son appartenance à son groupe social, à sa communauté. On donne, à tord ou à travers, malgré les crises, malgré les « affaires », parce que « quand quelqu’un vous demande de l’aide, on ne dit pas non ».
- Les « Je-néreux », nouveaux donateurs, papy-boomers (cf étude Fondation de France sur la génération 68 et la générosité) ou génération 15-25 ans, « millenium », comme les appellent les américains (cf article) comptent de plus en plus sur les solidarités interpersonnelles que rendent possibles les nouvelles technologies pour reprendre la main sur un monde qui part en vrille.
- Mais, traditionnelles ou nouvelles, ces logiques de solidarité qui rendent les ONG optimistes malgré le recul des subventions et la prudence des mécènes (cf lerameau.fr) vont de plus en plus se traduire en « Don-ditionnel » : donner au coup par coup, sur des projets précis et ne redonner que si on a des preuves convaincantes que « ça marche ».

Les « Donne-à-tord » ont peur :
Jérome Fourquet (Ifop) souligne l’accélération de la montée de l’inquiétude des Français face à la crise (23% de « très inquiets » en novembre 2008 -> 35% en janvier 2009)
Alain Mergier (Wei) confirme que, dans les études quali qu’il mène actuellement, la plupart des catégories sont passées d’un sentiment « d’inquiétude » (vous êtes sur un chemin de campagne et vous voyez un gros chien à 50m) à de la « peur » (le chien vient vous renifler en grognant, menaçant) : 60% des Français ont désormais peur d’être SDF. Le SDF n’est plus une figure marginale, il est l’un des statuts possibles de gens qui ne sont pas obligatoirement des marginaux.
Quand on a peur de perdre son mode de vie, on essaye d’en préserver les composantes clés le plus longtemps possible. Les donateurs réguliers sont attachés au fait de donner, qui fait partie intégrante de leur mode de vie. C’est pour cela qu’ils tiendront aussi longtemps que possible. C’est grâce à cela qu’ils se sont mobilisés derrière les associations fin 2008.
Jan Jennings Cailleux, spécialiste de la collecte de legs venue de Boston, rappelle d’ailleurs qu’aucune des récessions antérieures n’a provoqué de baisses des dons.

Mais cette résistance se heurte de plus en plus, chez les retraités, à une logique prudentielle « je vais faire attention ». Le représentant de l’Armée du Salut ajoute que ces logiques de réduction des dépenses ne datent pas de la crise.
Le représentant du CCFD, tout en confirmant les bon résultats de la fin 2008, remarque enfin que c’est par comparaison avec fin 2007, année qui avait connu une fin difficile à cause de l’affaire de l’Arche de Zoé. Selon lui, on est en fait seulement revenu au niveau de 2006.

Les Je-néreux font face (-book ?) :
Jérome Fourquet précise que ce sont toutes les classes d’âge jeunes qui manifestent une intention accrue de se mobiliser (progression de 37% à 41% en 3 mois).
Alain Mergier cite plusieurs études que son cabinet, Wei, mène actuellement sur ces générations qui n’ont pas, comme leurs ainées, connu un paysage social et économique tracé comme un « jardin à la française », certes un peu moins bien entretenu mais avec encore les points de repères d’autrefois. 86% des 15-24 ans voient plutôt le monde comme une « jungle » dont ils ont une vision pessimiste.
Pourtant, 75% d’entre eux considèrent qu’ils vont se débrouiller dans ce monde hostile, grâce aux solidarités interpersonnelles fondées sur la confiance donnée et la réciprocité qu’ils tissent avec différents réseaux. Cette solidarité entre individus est de nature différente des solidarités collectives des générations traditionnellement engagées. Loin de tout égoïsme, indissociables des logiques et pratiques issues des nouvelles technologies, cette « solidarité new-age » constitue un renouveau d’une notion de solidarité un peu abandonnée par les générations intermédiaires.

Le « Don-ditionnel », une confiance fondée sur la réciprocité :
Eric Dutertre, de l’agence Excel qui conseille en collecte de fonds une vingtaine de grandes organisations, confirme que les dons, après une dépression en octobre et novembre, ont connu une forte reprise en décembre et janvier, de sorte que l’année 2008 aura été une bonne, voire, pour certains, très bonne année au total. Il met cette mobilisation des donateurs traditionnels sur le compte d’une « bulle de générosité » qui aurait été suscitée par l’actualité (hiver rude et long entrainant la mort de SDF + offensive israélienne sur Gaza + tempête dans le Sud-Ouest) et qui cacherait donc des transformations plus profondes dans les logiques de dons qui devraient amener les fundraisers à se repencher globalement sur la question du don et de la confiance aux associations en cette période charnière.
Transformations que Jan Jennings Cailleux résume simplement en déclarant que toutes les organisations qui font appel au soutien du public vont devoir de plus en plus expliquer en détail et en permanence leurs missions et ce qu’elles font vraiment.

De la recherche du « plus » à celle du « mieux »

Même si la croissance reste désirable pour la majorité des individus, une récente étude* du CerPhi pour Jump France (« Développement durable et nouvelles richesses : quels imaginaires de demain ? ») montre que le public ne veut plus aujourd’hui d’une richesse du « toujours plus », qui génère gaspillage, destruction sociale et environnementale, paupérisation et perte de sens.

C’est une nouvelle conception de la richesse qui semble se démocratiser : la « richesse du mieux » qui consiste à intégrer à tous les niveaux la préoccupation du durable, du partage, de l’autre, du collectif, de l’éthique sans nier l’individu. Le Développement Durable est donc maintenant clairement défini comme la réponse à une crise de l’environnement global (naturel, économique, politique et social).

Mais si désirable soit il, ce changement ne se fera pas à tout prix : il est refusé s’il induit une société liberticide, où les ressorts du changement sont la culpabilisation, la sanctuarisation de la nature, la perte de la liberté individuelle au profit du tout collectif. Pas plus d’ailleurs que s’il faut renoncer aux acquis du développement.

Pour lire la synthèse de cette étude : cliquez ici

* Etude qualitative sur la base de 4 focus groupes réalisés à Paris et Lyon auprès d’individus professionnellement actifs (étudiants 17-21 ans, jeunes adultes 25-35 ans, adultes « installés » 40-65 ans.

Xavier

Tendance du don en 2009 : les jeunes au secours de la solidarité


D’après le sondage IFOP/LIMITE de février 2009, les associations vont pouvoir compter sur les « papy-boomers », qui ont déjà montré leur générosité, malgré des tensions sur leur pouvoir d’achat. Mais la nouveauté 2009 risque de venir des jeunes, qui sont 9% de plus qu’en octobre à dire qu’ils vont donner.

Plus que jamais les ONG vont devoir compter
- sur leur marque associative
- sur les grands dons et les legs
- sur le mécénat d’entreprise
- sur les nouvelles pratiques de collecte (internet, produits-partage, etc.)

Retrouvez le communiqué complet ici

La Croix (19 février 2009) : « Les donateurs résistent globalement à la crise »

Les donateurs résistent globalement à la crise

Séguéla’s been

Sans le savoir, Séguéla ressort presque mot-à-mot une vieille perle de Margaret Thatcher qui avait déclaré : « When I see someone taking the bus at 29, I consider his life as a failure » (« quand je vois quelqu’un de 29 ans aller au travail en bus, je considère que sa vie est ratée »). Mark E. Smith avait en réponse écrit une chanson très rigolote pour The Fall : » Only losers take the bus ».

Regardez la vidéo ci-dessous et réfléchisse avec nous à la chanson qu’on va pouvoir lui chanter, à Séguéla ?

http://www.dailymotion.com/video/x8d68p

Plus une petite pensée émue pour France de l’équipe LIMITE, qui fête aujourd’hui ses 50 ans, et qui doit vraiment se dire qu’elle est une ratée car elle n’a pas de Rolex…

« La communication responsable » enfin publié

Il était annoncé depuis longtemps. Entretemps, de nombreux ouvrages, chartes et prises de position ont permis de faire progresser la compréhension de ce que peut être une communication responsable, l’UDA (Union Des Annonceurs) et l’AACC (Association des Agences Conseil en Communication) ont mis en place leur ARPP (Autorité d’autorégulation de la Publicité et celle-ci a commencé à faire tourner sa Commission Paritaire de la Publicité et son Jury de Déontologie de la Publicité.

Mais mieux vaut tard que jamais : la « La communication responsable », d’Alice Audouin (ex-Novethic maintenant HAVAS), Anne Courtois (HAVAS) et Agnès Rambaud-Paquin (Des Enjeux & Des Hommes), c’est 240 pages très simples et très denses, pleines schémas et de témoignages, imprimées dans une entreprise Imprim’Vert sur du papier certifié écolabel européen avec des encres végétales et financées par l’ADEME, Pricewaterhouse Coopers et HAVAS Média France.

Certaines mauvaises langues annonçaient que cette entreprise ne serait en fait qu’une arme marketing pour promouvoir l’unique vision de quelques membres de AdWiser, des gros annonceurs et des grandes agences, voire pour commercialiser des offres, au risque de fragiliser les efforts encore fragiles d’un secteur que Gildas Bonnel décrit « en pleine crise de confiance et en retard dans son apprentissage ».

Ce n’est pas le cas. Les auteures y font preuve d’un réel courage en n’hésitant pas à questionner des comportements de grands annonceurs et agences (y compris proches d’elles), à stigmatiser le retard de notre profession, à se faire les relais d’interrogations sur l’efficacité des instances d’autorégulation mises en place – tout en formant des vœux pour qu’elles réussissent. Elles exposent également le point de vue de toutes les parties prenantes : outre le club AdWiser dont les auteures sont membres, le Collectif des Publicitaires Eco-Socio-Innovants contre le greenwashing… et même l’agence LIMITE, y sont cités.

Mais cet ouvrage est surtout à lire parce que maintenant qu’il est sorti chez Eyrolles aux Editions d’Organisation, aucun annonceur ne pourra plus dire qu’il ne savait pas. Et ça, c’est déjà bien !

Dans le plus pur esprit ARPP, ce guide des bases de la communication responsable analyse le retard des agences de communication dans le domaine du développement durable, et le grand décalage entre le propos – le développement durable comme composante d’image dit l’ouvrage – et les pratiques RSE des agences en tant qu’entreprises ou dans la manière de mener leurs campagnes. C’est ce grand écart entre les faits et le discours, entre la main droite et la main gauche, que tous les acteurs engagés, à commencer par notre agence LIMITE, s’attachent à combler.

La cohérence des règles que les annonceurs et les agences s’appliquent à eux-mêmes ainsi que les logiques et process d’engagements dans l’éco-conception des campagnes occupent une large part de « La communication responsable ».

Mais le premier mérite des auteures a été de ne pas négliger le vrai sujet de la communication responsable, celui de l’empreinte immatérielle, positive ou négative, de la communication. Ce thème, que nous affectionnons particulièrement chez LIMITE, commence ici enfin à être abordé selon des critères de techniques publicitaires :
- « le jeu émotionnel » qui capitalise sur le fait que l’émotion favorise la mémorisation d’une publicité
- « le jeu pulsionnel » qui assimile un besoin primaire à la réalisation de l’acte d’achat dans la plus pure tradition du cerveau reptilien, et enfin
- « le jeu sensoriel » et les derniers enseignements du neuromarketing pour qui la mémorisation et l’acte d’achat sont des réponses à des stimulus, que l’on peut activer donc.

Ce livre est donc courageux car c’est moins facile de construire que de critiquer et il fallait prendre le temps et l’énergie d’écrire cette sorte de « communication responsable pour les nuls » (celui de la collection « pour les nuls » restant à faire !).

Courageux, aussi, car certaines prises de position doivent faire grincer quelques dents à l’UDA, à l’AACC ou dans les grands groupes auxquels appartiennent plusieurs membres d’AdWiser…  (exemples : le livre n’hésite pas à dénoncer le « porno chic », alors que toutes les marques de LVMH ou de L’Oréal n’ont pas fait leur révision déchirante en la matière, à faire allusion aux tristes éoliennes de la pub d’un groupe pétrolier, etc).

Bien sûr, la communication responsable reste encore largement à écrire, avec tous ceux qui défendent une « autre pub », avec les autres acteurs d’AdWiser et avec l’Alliance pour la Planète qui ont lancé le mouvement, avec les pur-players qui essayent de convaincre, par la preuve et les bonnes pratiques, d’un côté les anti-pub qui n’ont pas compris tout ce que nos métiers peuvent apporter aux changements de comportements, de l’autre les gros-players qui n’ont, comme le redoute la conclusion du livre, rien compris et continuent de prôner un libéralisme publicitaire au détriment de tous, sous couvert d’une pseudo-liberté de création au profit de quelques-uns.

Mais ce livre nous rend optimiste, car il montre que les dynamiques vertueuses font de plus en plus systèmes pour obliger les déviants et les réactionnaires à communiquer de plus en plus responsable.

Schéma LIMITE de l'éco-système publicitaire responsable

Schéma LIMITE de l'éco-système publicitaire responsable

La crise n’empêche pas les achats « verts » aux USA

Avec la crise, on pourrait se dire que la consommation engagée ou la consommation verte est la première à « en prendre un coup ». Une étude démontrerait que non : en effet, quatre Américains sur cinq déclarent acheter des produits ou services « verts » selon une étude des sociétés Green Seal et EnviroMedia Social Marketing. La moitié disent continuent à consommer ces produits et services exactement comme avant, et 19% en achètent davantage. Seuls 14% ont revu leurs achats « verts » à la baisse.

Mais la méfiance reste de mise puisqu’un tiers des personnes interrogées (1000) ne peut pas assurer que les produits qui se déclarent « verts » le sont réellement. Pourtant, 24% d’entre eux tentent de le vérifier sur l’emballage, et 17% cherchent des informations en ligne ou dans des études pour s’assurer de leur choix.

Et en France ?

Tendances « Générosité » et les leçons de l’élection d’Obama pour le marketing (social)

Dans cet article, un petit résumé commentaire de ce qui nous a interpellé à l’agence ces derniers temps :
- le Trendwatching.com sur la « Génération Générosité »
- le rapport de Terra Nova sur les leçons de l’élection d’Obama
- le dernier Baromètre de la Générosité de la Fondation de France

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L’excellent trendwatching.com a fait un de ses rapports sur la « Generation G – That would be G for ‘Generosity’, not G for ‘Greed’ ;-)  » et revient sur ce que nous pensons, chez LIMITE, depuis longtemps : ce sont les valeurs non-marchandes qui donnent de la valeur, y compris marchande, aux marques !

Après avoir remis les choses dans le contexte de la crise et de l’élection d’Obama, Trendwatching sort l’artillerie lourde avec des exemples et des concepts on ne peut plus pertinents pour décrire le phénomène « nonprofit » et son adéquation parfaite avec le « monde qui vient » :
- Le web2.0 et les réseaux sociaux comme symptôme de la volonté de donner (son avis, son temps, ses compétences), et de partager (des informations, des connaissances). Wikipédia, Flickr, Youtube… Et cette citation de Kevin Kelly qu’on ne démentira pas : « La culture Internet devient LA culture ».
- Des initiatives de marques pour changer les choses et faire la différence au-delà du profit : TOMS Shoes, One Laptop per Child’s et Amazon, Ecoigo, Novacem, des services web tels que Tripwolf (guide de voyage alimenté par les internautes) et FreeGreen (plans de maisons durables gratuitement mis à disposition), Ikéa, Zurich Assurances, Kraft Foods et des publicités abribus chauffantes pour les SDF de Chicago…

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Autre production innovante, le rapport Terra Nova sur Obama, très médiatisé dans la (ségo)-blogosphère, censé tirer les « leçons de l’élection d’Obama » pour la (gauche) politique française. Les données sont intéressantes, certes un peu tendancieuses car orientées mais au moins ce genre de rapport a l’avantage de donner des perspectives plus motivantes que les traditionnelles tarte à la crème des politologues « ancienne génération ».

D’abord il faut répéter que c’est parce qu’il a construit une marque autour de lui qu’Obama a pu développer une stratégie très active sur Internet, qu’il ne s’agit pas de débaucher quelqu’un de Facebook pour lever des millions de dollars et être élu.  Ensuite il est très clair qu’il faut relativiser la vision complètement faussée qui existe en France concernant l’apport d’Internet dans le fundrainsing et l’élection de Barack Hussein Obama : la collecte réalisée via les réseaux sociaux et l’importance sans précédent de la mobilisation online autour d’Obama ne doit pas masquer que l’essentiel des fonds et de l’action d’Obama ont été levé auprès des acteurs traditionnels du financement des campagnes, via des moyens traditionnels et que la campagne dans les « swing states » s’est avant tout faite sur le terrain, au téléphone et au travers des meetings relayés par les journalistes TV. Enfin et c’est là le principal, le vote pour Obama a été un vote massif et populaire, par un « e-vote » d’une élite d’hyperconnectés. Ce sont des précisions très importantes dont le meilleur exemple est l’échec de Ségolène Royal en 2007, que Terra Nova a comme par hasard oublié de mentionner.

Plus modestement que Terra Nova, notre idée est de voir ce que l’élection d’Obama apporte comme indicateurs et comme pistes pour le marketing social des associations et des marques qui désirent s’engager sur des terrains liés à l’éthique. Alors quels sont les enseignements de « la meilleure campagne électorale jamais menée » (B. Obama) pour les associations, les ONG et les marques qui capitalisent sur les valeurs non-marchandes :
- Un marketing du changement et un message électoral de type « grande cause » : le storytelling a été mis au service de l’empoverment pour que chacun puisse s’approprier la campagne, le candidat et donc le résultat
- Une logique de masse encadrée par des professionnels de la mobilisation sur le terrain et par une utilisation centrale d’Internet à tous les niveaux : organisation, communication, recrutement, coordination, fidélisation… L’utilisation des réseaux sociaux de type Facebook ou Youtube est en fait presque anecdotique en comparaison de l’emploi de l’emailing, des SMS et des appels téléphoniques.
- Un fundraising qui s’est vu renforcé par une « stratégie des petits dons » : 3 millions de donateurs ont fait 6,5 millions de donations en ligne pour un total d’environ 500 millions de dollars avec un montant moyen de don en ligne de 80 dollars par personne

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Dans sa dernière mouture, le Baromètre de la Générosité de la Fondation de France vient nous remettre les idées en place :
- Le nombre global de donateurs ne baisse pas en 2008 (le sondage a été réalisé en mai 2008 donc avant la crise financière) et se situe à 56% de la population âgée de 15 ans et plus, même si ce sont les hauts revenus et les papy boomers qui sont les plus actifs
- Le recentrage vers des causes plus proches continue de s’opérer : l’environnement, les droits de l’homme, les guerres, famines et autres catastrophes naturelles font de moins en moins recette
- Le don en ligne est évalué à 2% du total des dons (de la main à la main compris)
- Les acheteurs de produits « généreux » sont en nette baisse depuis 2002 mais ils restent stables en 2008 par rapport à 2007, avec même une progression au sein des 65 ans et plus

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Et vous vous lisez quoi ?

4ème dîner annuel du CRAN au Cercle Républicain, jeudi 5 février 2009…

D’abord les politiques, Karoutchi, puis Paillé : rien de notable, tout des notables. Pro, quoi. Par contre, le discours de la représentante du PS dénote peu de conviction et d’investissement sur les sujets diversité : « Nous avons en commun avec le CRAN, Michel Viviorka (…) et l’avenir »… lointain, pense l’assistance. Le prometteur représentant des Verts, Mickaël Marie, s’attarde sur la campagne sosie d’Obama, que LIMITE a menée pour aider le CRAN à médiatiser ses propositions en matière de lutte contre les contrôles au faciès.

Yazid Sabeg parlera longtemps, très longtemps. A la fin, plus personne ne l’écoute, mais l’idée générale est qu’aucune des propositions des associations représentant les minorités visibles (inscription de la diversité dans la constitution, réforme des statistiques, conditionnement des aides aux entreprises, etc), ne sera suivie. Mon voisin, un chef d’entreprise d’informatique noir, me raconte comment, à force de croiser tous les matins, Gare du Nord, des jeunes qui lui disaient qu’ils ne savaient pas quoi faire, il a décidé de monter, avec l’aide du CRAN, une association pour les aider à bénéficier des nouvelles aides à la création d’entreprise : dix fois plus intéressant !

Extraits du discours du Pdt Patrick Lozes, aux accents 50% Martin Luther King – 50% Clémenceau : « Ce qui manque en France, ce n’est pas la solidarité, la générosité, c’est le courage politique (…) Les jeunes des minorités visibles sont en France vus par les politiques, au mieux comme des fardeaux, au pire comme des ennemis (…) Songez que nous aspirons encore, en 2009, à l’égalité promise en 1789 (…) Quand on pense qu’on se félicite des 30 000 reconductions à la frontière ! En fait, on se tire une balle dans le pied !  »

Eric Besson, l’ancien secrétaire national socialiste devenu Ministre des migrations et de l’identité nationale (« Moi l’identité nationale, je la revendique »), confirme la ligne de discours de Yazid Sabeg : pas la peine de changer la constitution, la dynamique de l’action suffit. C’est la ligne défendue au même moment à la télévision par le Président de la République, « on écoute, mais on ne change rien », ligne qu’on retrouve dans tous les messages gouvernementaux. En tant que communiquant corporate, je ne peux qu’admirer le travail de cohérence des discours mené depuis le SIG…

C’est finalement Chloé Mortaud qui a le mieux parlé. Une amie journaliste se demande ce qu’elle va raconter dans son papier : « Pour les premiers dîners du CRAN, il y avait moins de personnalités éminentes, mais plus d’annonces. Là, ce soir, il ne s’est rien dit… ».

Peut-être parce que c’est par de nouvelles actions à forte visibilité comme le défilé du 10 mai 2008 ou la campagne sosie d’Obama, que le CRAN obtiendra, à l’approche de futures élections, de vraies annonces à son prochain dîner…

Laurent

(Débat – dialogue) Les traces qu’on laisse sur la toile…

Toujours dans la série des échanges qu’on a au sein de l’Agence, et que nous relayons ici parce qu’on pense qu’ils peuvent alimenter les débats que vous pouvez avoir, en voici un qui fait suite à la publication de l’article du Tigre sur Marc L., un internaute censé être anonyme mais dont le journal avait reconstitué toute la vie rien qu’en collectant et en rapprochant l’ensemble des informations disponibles sur Internet le concernant.

Lui : Tu fais un post ou on fait un débat sur  »les réseaux socio-compatibles avec respect des libertés fondamentales » sur le blog de l’Agence ?

Moi : « J’avais envie de faire le post contraire en fait : sur le web il faut savoir ce qu’on fait sinon… Et aussi que ca marche dans l’autre sens : que les traces qu’on laisse peuvent etre positives que la tracabilite aide a savoir a qui l’on a a faire »

Lui : « C’est surtout de nouveaux modes de vie et de pensée auxquels on doit penser. Mais le fond du problème n’est pas tant la socialisation des réseaux que la marchandisation des données qu’ils génerent

Moi : « T’as raison sur le fond. Mais quand j’achete des clics pour cibler des donateurs ou quand je fais de la veille, je vise des donnees souvent personnelles même si le nom de la personne ne m’intéresse pas mais plutôt son comportement et ses opinions »

Lui : « Exact ce qui veut dire qu’il faut repenser les garanties publiques et criminaliser les abus »

Moi : « Est ce que google abuse a ton avis franchement ? Ils ont tout sur tout le monde : c’est pour ca qu’ils disent ‘don’t be evil’  »

Lui : « Ils peuvent a tout moment tomber entre les mains de dirigeants ou de gouvernements scélérats. C’est d’ailleurs le cas en Chine ou ils sont obligés de coopérer avec les autorités. Aussi : 1) éducation du citoyen aux droits de l’Homme en ligne et pour qu’il apprenne a se protéger. 2) instances citoyennes paritaires de controle des pratiques des gens qui ont le controle des données privées. 3) cour pénale internationale du web aussi puissante que les transnationales financiarisées »

Moi : « La devise de google : elle s’applique a tous ces gros et a chacun de nous car c’est l’ethique : never be evil »

Lui : « Quand toi tu utilises les traces laissées par quelqu’un, il peut se défendre avec en gros ses connaissances de culture générale + du web. Comme dans la vie off-line. Mais quand ses données surtout dans le cadre de ses échanges sociaux, sont entre les mains de la cia ou d’un entreprise mondiale financiarisée, il a besoin de contre-pouvoirs citoyens. Sinon il finit broyé. En résumé : Little Brother est mon frere. Big Brother n’est pas mon frere. Parce qu’il est gros. »

Moi : « Voui mais les lois s’appliquent pas au web car… Il n’a pas de territoire, et pas de police surtout et ca c’est bien »

Lui : « L’internaute doit constamment se défier des libéraux maquillés en libertaires qui ont détourné l’esprit du www.  La carte c’est le territoire. Et s’il y a des gens bien placés pour savoir que les puissants ont + de moyens que les autres pour cartographier le web, c’est bien nous… »

Et vous vous en pensez quoi de cette histoire : éducation des gens au fait qu’ils laissent des traces et que certains les utilisent ? Sanction pour les abus ? Au niveau de la CNIL ou à un niveau supra-national ?

Quand Maurice Lévy, Vincent Bolloré et Jean Marie Dru se font Twitter en live pour la clôture de la semaine de la pub : ça donne ça !

On y était, et on a blogué / twitté en live les très intéressantes considérations de nos 3 grands magnats de la publicité qui s’étaient réunis pour la clôture de la semaine de la pub au Palais Brongniart (avant c’était au Palais de Tokyo, de la créa à la finance… quel symbole…).

Voici donc en 140 caractères à chaque fois (c’est la règle sur Twitter comme pour les SMS), avec CB News et Stratégies les 2 fleurons de notre belle presse professionnelle en copie de tous les échanges, in extenso et sans censure ce qui s’est dit, et parfois ce qu’on en pense.

/// début du Twitter Live de la clôture Semaine de la Publicité avec Maurice Lévy (Publicis Worldwide), Vincent Bolloré (Havas) et Jean-Marie Dru (TBWA), il est 18h00…

# je (agence limite) suis face a bollore levy et dru a la semaine de la pub
# bollore « la presse doit etre aidee »
# bollore : « internet ne fera pas disparaitre la presse »
# dru : « la fusion on et offline n’est pas faite en france »
# Dru a déploré que la réforme de l’audiovisuel ne prévoit pas que les tv de sce public ne puissent pas utiliser espace libéré pour gdes cses
# levy : « la presse est sinistree et la legislation la rend irreformable »
# levy : « je suis un amoureux de la presse, comment ameliorer les recettes publicitaires… »
# levy : « non pas que je sois un liberal absolu mais… comment demander des sous et vouloir l’independance »
# bollore : « nous ne sommes pas touches par la crise chez havas »
# bollore : « cette crise est hypermediatisee donc les marques et les ventes doivent tenir bon et plus communiquer »
# bollore : ce ne sont pas les plus gros que s’en sortent ce sont les plus agiles »
# levy : je dors bien et nous basculons nos investissements sur internet et les pays emergents
# le nbre de milliards qu’il y a sur ce plateau… faisait longtemps qu’on avait pas vu ca au palais brogniart
# dru + bollore + levy = la quasi totalite du marche de la pub au meme endroit
# dru : la crise remet le caritatif le social et la sante au coeur de la communication
# Dru : la crise remet le caritatif… euh le sociétal, au centre
# bollore : nous avons investi sur une tv sur la presse gratuite pour maintenir le poids des marques
# levy : la koleos de renault a ete lancee un peu tardivement les 4×4 c’est trop tard
# levy : la vie reprend ses droits et les gens ont envie de jouir et ca nous donne une idee de ce qui va se passer
# levy : la civilisation du non, celle du choix arrive il va falloir renoncer a des choses
# levy : nous avons besoin de plus d’ethique (alleluia !)
# levy : les actionnaires ne sont plus qu’une petite part des parties prenantes il faut passer a la stakeholder value
# levy : il fallait une crise pour qu’on sorte de ce regime un peu fou de la shareholder value
# dru : la crise va tout changer et le consommateur va changer
# dru : il faut maintenant que nous parlions des initiatives sociales des entreprises en plus de leurs produits
# bollore : l’amerique va se redresser vite, mais la degelee va arriver sur l’asie et les pays de l’est
# bollore : la crise est forte et elle n’est pas terminee
# levy : les chinois sont remplis de reserves financieres s’en est degoutant
# dru : maurice a raison
# dru : il faut reussir a s’inserer dans les conversations sur internet donc c’est du 360 mais 24/24
# Qd levy et bolloré font des hypotheses sur la sortie de la crise on est au niveau conversation de comptoir
# levy : avec internet dans l’heure qui suit la reaction de l’audience donc on peut corriger le canal ou le message
# levy : nous sommes dans la dimension de la transaction en plus de la dimension de la communication
# bollore : internet et la geoloc permet aux publicitaires de mieux cibler les actions
# dru : publicis a une strategie industrielle sur internet avec digitas
# dru : chercher a rassembler toujours plus de talents c’est la strategie d’omnicom
# dru : sorel est le champion de la decroissance organique car il a rachete bcp d’entreprises
# levy : il n’y a plus rien a consolider : aegis depend de bollore qui doit faire un cheque
# levy : omnicom a arrete d’acheter mais ils ont bcp rachete avant
# levy : heureusement qu’il y a eu la rivalite havas / publicis pour developper le marche francais de la com
# dru : il n’y a que des americains sauf havas et publicis hors dentsu, et je suis patron d’une boite californienne
# dru : l’influence des francais dans tbwa et sur la com est determinante
# dru : la pub francaise est la 2eme plus influente du monde, les marques francaises sont puissantes aussi
# dru : le mktg francais doit perdurer chez l’oreal et partout dans le monde donc le duopole havas / publicis est bon
# bollore : le talent doit pouvoir faire ses preuves a long terme et sur aegis on est le plus petit mais le + sexy
# bollore : nous sommes dans ce métier pour l’eternite donc on a le temps…
# levy : je trouve que nous avons un metier fabuleux et notre secteur reste une mine d’opportunites
# dru : ce qui est passionnant c’est creer des entreprises differentes et nous on est base sur l’info et la methode
# dru : on arrive a creer des boites qui ont une culture formidable
# bollore : nous avons un metier passionnant et la pub ne baissera pas car c’est un metier mûr
# une question de la salle : pourquoi a t’on une si mauvaise image ?
# dru : on passe plus de temps a defendre nos honoraires pour nos idees qu’a trouver des idees
# dru : les idees ca vaut de l’argent donc elles ont un prix car elles creent de la valeur
# levy : on est paye au taximetre et ca a detruit notre metier mais ce sont les us qui ont derape sur le cost+
# levy : nous avons decide que nous ne sommes plus de vendeurs mais des createurs de valeur et ce n’est pas du tps ca
# levy : nous avons l’image de gens legers un peu jemefoutiste qui ne pensent qu’a cannes
# une question de la salle : le societal sera t’il tue dans la crise
# dru : pampers c’est maintenant des vaccins contre le tetanos donc c’est l’avenir le societal
# dru : le mktg de pampers croit qu’il vendra plus de couches qu’en faisant des operations de promo commerciale
# levy : on en revient au sens, il n’y a t’il que le profit ou il y at’il autre chose ?
# levy : ce qui fait la marque red c’est formidable

/// fin du Twitter Live de la clôture Semaine de la Publicité avec Maurice Lévy (Publicis Worldwide), Vincent Bolloré (Havas) et Jean-Marie Dru (TBWA), il est 19h40…